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Les Françoises

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Action culturelle - L'exception Françoises
Les Françoises
Pour un concert unique, Camille, Jeanne Cherhal, La Grande Sophie, Olivia Ruiz, Émily Loizeau et Rosemary Standley de Moriarty (de gauche à droite) ont constitué un groupe éphémère à l’occasion du Printemps de Bourges, Les Françoises.
Interview de Jeanne Cherhal     
« En sortant de mes habitudes, j’apprends des choses sur moi »

« Tout s’est passé beaucoup mieux que ce que je ne l’imaginais au départ, tant au niveau de l’implication de toutes, du temps dégagé pour travailler et de notre entente. Pourtant, nos entourages à toutes craignaient des affrontements d’ego – la réputation des chanteuses (rires). Or cela a été formidable, humainement comme musicalement.
On a commencé à parler de ce concert en octobre et on a vite décidé qu’il n’y aurait pas de backing band, ce qui n’était pas nécessairement pour nous faciliter la vie. L’idée me plaisait beaucoup parce que c’est aussi comme cela que j’avais fait mon disque [son dernier album, Charade, sur lequel elle joue de tous les instruments]. J’ai trouvé très épanouissant de passer par tous les postes : j’ai fait deux chansons à la basse, une à la batterie, une à la guitare, quelques-unes au piano.
C’est à la fois un projet singulier et un projet sur une durée. Même s’il n’y avait qu’une seule représentation, cela nous a occupées presque six mois avec une vraie implication de tout le monde. Pour moi, c’était parfait : j’aime les collaborations et les rencontres, j’aime confronter ma manière de faire à celle des autres. En sortant de mes habitudes, j’apprends des choses sur moi.
Contrairement à Camille ou Rosemary, par exemple, je n’avais jamais de chant classique et travailler avec Laurence Équilbey était impressionnant. Mais tout ce qui me fait peur m’excite. C’était d’autant plus fort que les pièces qu’elle avait choisies ne permettaient pas d’imprécisions et d’imperfections.
Tout l’entourage du projet, jusqu’aux techniciens et à la régie, était parfait, avec partout les bonnes personnes aux bons postes. Notamment Édith Fambuena, qui était là pour nous aider à trouver une cohésion à cette histoire, a laissé agir le naturel. Elle n’a pas cherché à s’imposer ou à nous diriger. Chacune d’entre nous proposait ses interventions selon son style et ses envies, et Édith intervenait seulement quand il y avait un problème. Et, à chaque fois, elle l’a résolu.
Le plus difficile était de nous réunir physiquement toutes les six. Par exemple, nous n’avons jamais réussi à être toutes à la fois aux réunions de préparation. Alors nous avons beaucoup travaillé par internet en échangeant des maquettes et des MP3… Puis il y a eu trois jours toutes ensemble en studio et deux jours au Trabendo avant de nous retrouver à Bourges, mais nous n’avons jamais réussi à faire un filage en entier. Le spectacle a finalement été extrêmement fluide alors qu’on n’avait jamais réussi à tout enchainer et à tout jouer parfaitement en répétition. Mais il y avait sur scène une énergie qui tenait aussi à ce que ce concert était unique. »
 

Interview de La Grande Sophie     
« Un moment très privilégié »

« J’ai dit oui sans réfléchir. On se croise toutes sur la route, on se connait par les disques, mais on se connait peu et j’ai trouvé bien de se réunir. Mais je suis parfaitement consciente que c’est un projet difficile à monter. On a toutes joué le jeu et tout s’est bien passé. Au bout du compte, j’ai l’impression d’un moment très privilégié, très rare. Je ne connais pas d’exemple de concert de ce genre, sauf des instants chez JP Nataf, par exemple, ou certains moments très particuliers dans les vieilles émissions de Maritie et Gilbert Carpentier.
En fait, c’est énormément de travail parce que dans les Françoises nous n’étions pas seulement chanteuses mais aussi musiciennes. Alors, pendant les répétitions, nous n’avons pas vraiment eu le temps de nous raconter nos vies ou de déconner. Les journées étaient intenses… Il y avait beaucoup de choses à intégrer. Rien de très compliqué mais une grosse quantité – beaucoup, beaucoup plus que quand on fait un duo pendant un festival.
Pour moi, c’est un peu un prolongement de mon travail habituel, puisque je fais déjà des reprises. Pour les chansons que j’avais choisies, j’ai travaillé mes arrangements et proposé aux autres de travailler les parties que je voulais entendre. Nous avons toutes procédé un peu de la même manière, en donnant des directives sur ce que l’on voulait entendre et en se faisant aider par Édith Fambuena pour tout clarifier.
Le soir du concert, on avait toutes le trac mais on voulait aussi communiquer au public le côté ludique de notre rencontre. Nous n’étions pas là pour faire des versions très appliquées des chansons. Si on se trompait, ça faisait partie du jeu, on riait...
Ça m’intéressait aussi de voir comment les autres travaillent. Certaines savent lire une partition, d’autres sont plus instinctives et prennent des notes sur la musique comme elles peuvent ; certaines ont des habitudes très acoustiques, d’autres ont besoin de plus de son... Cela fait des univers très précis que j’étais heureuse d’approcher de plus près.
Nous avons fait un cadavre exquis, la Chanson des Françoises, chanson de fin du concert, une chanson qui n’existe que là. J’ai proposé que chacune écrive un couplet et un refrain, j’ai proposé une mélodie et ça a été un moment privilégié d’écrire à plusieurs. »

 

Interview de Rosemary Standley     
« Une vraie mise en danger »

« C’est un projet vraiment innovant. J’ai accepté le projet quand on a décidé d’être seules sur scène. Si on avait eu un backing band, je ne l’aurais pas fait. Je trouvais rigolo d’être vraiment un groupe, avec la prise de risque par rapport à la notoriété de chacune des filles.
J’ai aimé que ce ne soit pas seulement une expérience de travail avec des personnalités et des genres différents mais aussi une remise en question. Ça m’a fait une bouffée d’air frais. J’avais peur d’une bataille d’égos des chanteuses. Mais pas du tout, au contraire, chacune s’est mise au service des autres.
J’avais déjà travaillé avec Emily Loizeau sur son dernier album mais je ne connaissais pas toutes les filles. Et même si chacune d’entre nous a une personnalité extrêmement forte et si chacune apporte des choses très différentes, cela a été un vrai groupe. Et pourtant, sur une expérience éphémère, il n’y a pas d’habitude qui s’installe alors que, dans un groupe, on est comme dans une famille, avec un rôle et une place bien définis pour chacun. Dans les Françoises, tout était à créer : nous pouvions nous mettre plus en avant ou plus en retrait, jouer un rôle…
Édith Fambuena était là pour chapeauter notre travail et vérifier que tout tourne bien, s’il fallait que l’on travaille plus – aucune de nous n’était une vraie guitariste, une vraie bassiste, une vraie batteuse. Actuellement, les festivals sont souvent en demande d’événements de ce genre mais celui-ci est vraiment à part parce qu’il y a eu une vraie mise en danger, notamment parce que nous ne sommes pas toutes instrumentistes. »
 

Interview de Laurence Equilbey     
« Un niveau d’exigence remarquable »

« Je trouve toujours intéressant d’ouvrir des portes. Même si je suis centrée sur ma spécialité, je suis plutôt une interprète plutôt interdisciplinaire, notamment avec ce personnage d’Iko [le pseudonyme de Laurence Équilbey lorsqu’elle travaille en dehors de l’univers classique].
Depuis l’aventure de Private Domain, j’avais rencontré beaucoup d’artistes pop et électro – dont Rosemary Standley –, mais aussi Sonia Bester et le Printemps de Bourges. Ils voulaient un titre qui rassemble les six chanteuses dans un univers décalé par rapport au leur. Ce sont six personnalités très fortes qui ne se ressemblent pas. Elles sont bosseuses, inventives, elles ont beaucoup d’énergie, beaucoup d’influx, et tous les chanteurs n’accepteraient pas un tel projet. Il prouve qu’elles acceptent de se mettre en danger.
J’ai choisi les pièces classiques qu’elles allaient chanter et l’arrangement. Il n’y a pas trente-six partitions classiques qui peuvent se transcrire pour six voix de femme et se transposer dans la pop. J’ai donc puisé dans Vivaldi, qui est souvent à la portée du grand public, et choisi pour l’ouverture une pièce de Maurice Ohana un peu étrange, Nuées.
J’ai d’abord travaillé avec chacune d’elles. Puis j’ai fait une maquette avec la voix des six filles. Ce n’était pas évident pour des chanteuses pop : ce sont des partitions assez diffractées avec des interventions assez sporadiques, chacune chantant quelques mots par ci, par là. Elles ont été d’un niveau d’exigence remarquable, elles ont travaillé dans la loge jusque quelques minutes avant d’aller sur scène. Et elles ont formidables sur scène. C’est pour moi un souvenir rajeunissant. »
 

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