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Les folles journées de René Martin

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Boulimique ? Passionné, plutôt. Depuis maintenant près de quatre décennies, René Martin cumule les fonctions de producteur, programmateur et organisateur de concerts avec un enthousiasme jamais démenti.
Interview de Philippe Barbot.
 
René Martin

Vous allez inaugurer la dix-septième édition de la Folle Journée de Nantes, en février prochain. Quelles en sont les nouveautés ?

La Folle journée de Nantes du 1er au 5 février
Cette année, le thème sera la musique russe, de 1860 à nos jours, de Stravinski ou Chostakovitch à Sofia Goubaïdoulina.
Outre les concerts de Nantes, nous serons présents dans dix villes de la région Pays de Loire, ce qui représente 450 concerts et 200 000 billets mis en vente. L’engouement pour ce festival ne se dément pas. Mais rien n’est jamais gagné, il faut savoir se remettre en question chaque année.

Pourtant, lorsque vous avez débuté, en 1995, peu de monde croyait à ce succès…

C’est vrai, nous avons démarré avec dix fois moins de public, mais ça a été une sorte d’électrochoc dans le monde musical. La musique classique connaissait une sérieuse crise, les salles étaient désertées. La Folle Journée a représenté un nouvel espoir et, très vite, les artistes eux-mêmes en ont été les meilleurs ambassadeurs.
La formule est simple : des concerts qui ne dépassent pas 45 minutes, avec des œuvres fortes mais accessibles à un public large et des prix de places extrêmement bas.

Curieusement, vous avez eu l’idée de cette formule en sortant d’un concert de rock…

Je suis depuis longtemps un amateur de rock et de jazz. En 1992, j’ai assisté à un concert du groupe U2 à Nantes, et j’ai été frappé de voir ces 35 000 jeunes qui écoutaient cette musique avec ferveur.
Je me suis dit qu’il y avait là un public potentiel, que c’était à moi d’aller à leur rencontre. Mais pas question de copier les concerts de rock, je voulais conserver la magie de la musique classique, l’intimité, le dialogue entre un artiste et son public, avec une dimension à la fois spirituelle et festive.
Et ça a fonctionné : la première année, 60% du public n’avait jamais assisté à un concert de musique classique.

D’où vous vient cette passion pour la musique en général, et la musique classique en particulier ?

Adolescent, j’ai joué de la batterie dans des groupes de rock.
Ensuite, je me suis intéressé au jazz, en particulier à l’œuvre de Charlie Mingus. Un jour, en lisant une biographie de ce musicien, j’ai découvert qu’il citait parmi ses compositeurs préférés un certain Bela Bartok.
Le lendemain, j’ai acheté un disque et ça été la révélation. Alors j’ai revendu mon matériel de percussions et je me suis inscrit au conservatoire.

Mais parallèlement, vous avez suivi des études de gestion.

J’ai toujours été passionné par l’organisation. J’ai vite pris conscience que les plus belles idées du monde ne valent rien si on ne sait pas comment les concrétiser. Ce sens pratique me vient sans doute de mon père commerçant…
Aujourd’hui, nous organisons environ 1300 concerts par an dans le monde. Sans une équipe compétente et une solide gestion, ce serait impossible.

Depuis 1996, vous exportez la Folle Journée à l’étranger. Comment vous est venue cette idée ?

C’est venu d’un producteur portugais qui m’a demandé de créer la même formule à Lisbonne. Outre le Portugal, nous sommes désormais présents dans plusieurs pays, comme le Brésil, la Pologne et surtout le Japon, avec plus de 700 concerts dans cinq villes. D’autres viendront sans doute.
Mais il ne s’agit pas de faire un copié collé international de la Folle Journée, de plaquer une formule toute faite. Il faut s’adapter à chaque pays. En général, j’étudie le contexte musical local pendant deux ans avant de me lancer dans l’entreprise.

Avec le Fonds d’Action Sacem, vous effectuez aussi un travail peu commun dans les maisons de quartiers…

Le Fonds d’Action Sacem nous soutient depuis le début et c’est une grande chance pour nous. Je viens d’un milieu populaire et j’y suis très attaché. Je me suis aperçu que dans les quartiers, il y avait une vraie vie musicale, avec des groupes de tous genres, rock, rap ou électronique. Nous leur proposons de transcrire des œuvres classiques pour leurs instruments, à l’occasion d’ateliers dirigés par un professeur jeune et compétent.
Après Jean-Frédéric Neuburger, cette année, ce sera Alphonse Cemin, un pédagogue hors norme. Cela donne des résultats incroyables, par exemple un rappeur qui interprète « Le voyage d’hiver » de Schubert… Dix groupes se produiront pendant la Folle Journée et proposeront leurs adaptations de « Casse Noisette », du « Sacre du Printemps » ou des « Tableaux d’une Exposition ».

Aujourd’hui, avez-vous encore des rêves, des souhaits ?

Etre de plus en plus audacieux, et surtout continuer à rencontrer des gens exceptionnels, avec qui partager un même idéal.
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