Les Grands Prix 2011
PALMARES 2011
Prix Spécial de la Sacem : Jean-Louis AUBERT
À la Sacem comme à Cannes, on a un Prix Spécial (en attendant un palmarès off ?), qu’on aurait tout aussi bien pu qualifier de "coup de cœur" ou de "préférence", et qui s’appelle cette année Jean-Louis Aubert, successeur dans cette catégorie de Gaëtan Roussel. Le principe de ce prix ? Célébrer "hors compétition" quelques électrons libres et humains, très humains de la profession, qui tracent avec succès leur route à la première personne, sans se soucier de leur place dans la play-list ni du nombre d’étoiles dans la presse spécialisée. Qui vivent pour écrire et n’écrivent pas pour vivre, et pour qui le médiator est un instrument de bonheur et pas un médicament. Des artisans qui nous réchauffent l’âme et nous réconcilient avec le métier et la société lorsqu’on pose sur nos platines "Roc' Eclair" (Aubert) ou "Ginger" (Roussel). Ceux que le parolier Jean-Roger Caussimon baptisait "Les cœurs purs", capables encore de nous faire croire par temps de crise que "Demain sera parfait", avec un sourire à "décroisser la lune" ("Amsterdam") et des accords aux airs d’éternité, beaux comme un premier arc-en-ciel.
Lorsque Nicolas Canteloup montera sur scène le 14 novembre pour recevoir son prix Sacem de l’Humour, il marchera sur les traces d’une incroyable "dream team" du gag, à faire pâlir tous les Veber, Oury et Poiré de la terre. Ses prédécesseurs s’appellent en effet… Devos, Le Luron, Dabadie, Salvador, Perret, Bedos, Leeb, Gerra, Palmade, Timsit, Dubosc, Lemercier, Robin, Debouze, Romanoff, Foresti, Joly, Jolivet, Elmaleh, Palmade, Metayer, Gaccio, Smaïn, Palmade, Chevallier, Laspalès : autant dire le "best of" de nos samedis soirs. De quoi donner le frisson et une pointe de trac au comique le plus aguerri, faire rire ses pairs étant la vraie récompense la soirée. Un moment fort de la cérémonie, après lequel il est toujours dur d’enchaîner !
Un palmarès à toute épreuve, sans faille : Pierre Henry, Michel Decoust, Antoine Duhamel, Michaël Lévinasse, Pascal Dusapin, Michèle Reverdy, Graciane Finzi, Philippe Hersant, Thierry Escaïch, Nicolas Bacri, Bruno Mantovani, Philippe Fénelon, Marc-André Dalbavie, Edith Canat de Chizy et bien d’autres, rejoints cette année par Guillaume Connesson. Toujours à l’écoute de ses "symphonistes" et de cette musique classique d’aujourd’hui qu’est la musique contemporaine, la Sacem soutient, accompagne, valorise et couronne ces répertoires qu’on dit parfois difficiles, quand ils sont juste "différents", de leur temps.
Boutonnat, Pullicino, Spièro, Sangla, Boulain, Grumbach : leurs noms seuls allument dans nos yeux, dans nos têtes, un générique de souvenirs en 625 lignes qui ressemble à l’album vidéo de nos vies et nous éblouit lorsqu’on les croise backstage, entre deux directs et une dramatique, l’œil à l’affut et le cœur peuplé de souvenirs en or. Sur leur carte professionnelle, ils pourraient inscrire "faiseurs de rêves", "réalisateurs de fantasmes", "passeurs d’émotions". Yvon Gérault, aussi prolifique et inspiré que, parfois, méconnu du grand public, les rejoint en beauté cette année, sur le grand plateau Sacem du Casino de Paris. Un prix riche du patrimoine et en même temps tourné vers l’avenir du droit d’auteur, donc essentiel.
Recevoir le prix Francis Lemarque à la Sacem, c’est peu comme recevoir le prix Jean Gabin pour un acteur (il composa d’ailleurs de nombreuses b.o. pour ce dernier), ou Louis Delluc pour un réalisateur. C’est bien. Car cet auteur-compositeur-interprète, populaire dans le meilleur sens du terme, éclectique, engagé, et d’abord humain, ami de Prévert et Kosma, fut très respectable et très respecté.
C’est comme créateur "pur" qu’il s’impose, avec des chansons pour Yves Montand : "A Paris", "Bal, petit bal", "Quand un soldat", "Toi tu n’ressembles à personne", "Mathilda" "Ma douce vallée"… Suivront "Marjolaine", "Rue de Lappe", "Le temps du muguet", "Le petit cordonnier", "Où vont les fleurs", "Mon copain d’Pékin", "Johnny, tu n’es pas un ange". Au cinéma, il compose la musique de "Playtime" (Jacques Tati), "Le gentleman d’Epsom", "Maigret voit rouge", "Le cave se rebiffe" (avec Gabin), et édite la B.O. des "Parapluies de Cherbourg" et des "Demoiselles de Rochefort". Il fut aussi l’heureux éditeur d’Alain Barrière, Serge Lama, Daniel Guichard, Félix Leclerc, écrivit le spectacle "Paris Populi" et reçut le prix de l’Académie Charles Cros.
Parmi les lauréats de ce prix, destiné à promouvoir un talent en "développement", ayant comme son illustre aîné, le souci des mots et des notes, citons : Damien Saez, Agnès Bihl, Grand Corps Malade, Emily Loizeau, Amélie-les-crayons, Benoît Dorémus…
L’autre visage, fondamental, de la Sacem est ici couronné et mis en lumière : pas d’auteurs sans éditeurs, les deux se confondant parfois. Et pas de Sacem sans les éditions Salabert, Durand, Lemoine, Warner Chappell, Sony, Choudens, Jobert, Virgin, Meys, Breton, Dreyfus, BMG, Talar etc, riches de si prestigieux catalogues. L’occasion de découvrir ou redécouvrir cette année le catalogue des éditions Levallois, qui va de Murray Head à Matmatah, et verra monter sur scène un père et son fils (Paul et Julien Banes), presque une dynastie une première dans l’histoire de nos prix, prouvant par là que le talent d’éditer est parfois héréditaire, tout comme celui d’écrire ou de jouer.
C’est un peu le "Prix Constantin" de la Sacem, l’éditeur Philippe Constantin ayant longtemps milité pour faire reconnaître ces répertoires au sein de notre Commission des Variétés, et donc de notre société (Coup de chapeau à ce prince de l’édition, soit dit en passant !). On y croise des gens vrais, chaleureux, à la fois "enracinés" – "nés quelque part" - et universels : Alan Stivell, Manu Di Bango, Tri Yann, Kassav, Idir, I Muvrini, Dan Ar Braz, Angelique Kidjo, Salif Keita, I Muvrini, Malavoi… Et, cette année, la lumineuse Souad Massi, qui est à la fois notre Tracy Chapman et notre Oum Kalsoum, sous l’égide en 2010 du grand Francis Cabrel. Moment d’émotion "live" garanti, surtout si elle se produit en acoustique (cf. son album public de 2007) !
Entre Air et Götan Project, David Guetta et… Nana Mouskouri, un point commun : la reconnaissance du public mondial, et donc ce Prix d’actualité et d’universalité, qui nous rappelle que la Sacem n’exporte pas seulement "My Way" ("Comme d’Habitude") et le "Boléro" de Ravel, n’est pas seulement connue "around the world" pour Piaf, Trenet, Aznavour et Chevalier, mais aussi pour nombre d’artistes contemporains qui n’ont rien à envier à leurs homologues anglo-saxons en matière de créativité et de modernité. Yael Naim et David Donation en sont la démonstration vivante avec "New soul", qui tient autant du tube que du conte de fée !
Dans son souci de soutenir et promouvoir davantage ses répertoires contemporains, traditionnellement exposés à des difficultés de réalisation, d’exécution et de diffusion que la crise de l’industrie musicale n’a pas épargnés non plus, la Sacem, par delà ses fonds de valorisation et primes à la création, a créé l’an dernier ce prix, remis en 2010 à Oscar Strasnoy et cette année à Yann Robin. Aider un jeune talent est toujours en soi une bonne chose. S’il fait de la musique contemporaine, c’est souvent une obligation, à laquelle la Sacem est fière de ne jamais se soustraire.
Maurice Jarre, Francis Lai, Gabriel Yared, Jean-Claude Petit, Bruno Coulais, Alexandre Desplat, Vladimir Cosma, Claude Bolling : à travers ce prix, c’est la B.O. de nos vies qui défilera cette année sur la scène du Casino de Paris, en la personne du toujours jeune et vibrant Eric Serra, rocker dans l’âme et moitié professionnelle de Luc Besson, entre autres. Un prix que les Américains nous envient, puisqu’ils n’arrêtent pas de nous en ravir les lauréats, aussi à l’aise sous les soleils de Malibu que sous les sunlights d’Europacorp. Et l’occasion de voir jouer en pleine lumière ces musiciens de l’ombre, sortis de leur chambre noire ("camera", en italien).
Créé en 2010 pour distinguer un répertoire essentiel, omniprésent, en perpétuel mouvement et expansion, il a récompensé d’accord un pionnier, qui aurait pu figurer aussi dans le prix "Export" : Jean-Michel Jarre. Et cette fois-ci une valeur montante et déjà confirmée, en France comme à l’étranger : Émilie Simon, le plus beau visage de l’électro française. Un regret partagé par tous; que le destin nous ait ravi cette année D.J. Medhi qui l’aurait probablement obtenu un jour, et auquel la Sacem adresse ici un dernier adieu, chapeau bas.
L’un des prix les plus convoités des sociétaires, puisqu’il permet à l’heureux candidat – "impétrant", dirait-on aujourd’hui - de s’asseoir à l’Olympe, sur un petit nuage, auprès des Ferré, Ferrat, Nougaro, Bécaud, Souchon, Cabrel, Le Forestier, Lavilliers, Mitchell, Sheller, Sardou, Renaud, Moustaki, Hardy, Clerc, etc. Presque un passeport pour l’éternité Sacem ! Gageons que Thiéfaine ne se sentira pas dépaysé, à côté de Bashung, Christophe et Higelin (en attendant Daho ?), d’autant plus qu’il y entre avec Jean-Louis Aubert, autre prix Sacem : en force et en groupe. Des "Lacs du Connemara" à "La ruelle des morts", 30 ans de hits et de stars, d’histoire de France et de Sacem.
Solal, Bonal, Portal, Ponty, Petrucciani, Caratini, Ceccareli, Saury, Badini, Hodeir, Urtreger, Vander, Milteau, Jeannot, Romano, Michelot, Galliano : cela fait 30 ans que les prix Sacem "riment riche" au livre d’or du Jazz, swinguent d’un même feeling et d’un sacré tempo dans un orchestre imaginaire composé aussi de Didier Lockwood, Daniel Humair, Maurice Vander, Eddy Louis, Luis Sclavis, Bernard Lubat, Ivan Jullien, plus cet année un nouveau guest : Baptiste Trottignon aux claviers.
Condition d’accès au club des lauréats : mélanger 1/3 standards, 1/3 impros, 1/3 originaux autour de minuit, quand "Valentine" et "Laura" vous mettent le feu aux doigts, sous la lune bleue…
auteur : Kerredine SOLTANI
compositeurs : Kerredine SOLTANI/TRYSS
interprète : ZAZ
Un prix jamais facile à décerner, vu le nombre de lauréats potentiels, et qui a pourtant fait cette année la quasi unanimité du conseil d’administration de la Sacem, avec "Je veux", interprété par ZAZ. Un point d’histoire : né en Allemagne, pianiste, docteur en droit, Rolf Marbot s’exile en France en 1933 et y rachète les éditions Meridian, tout en adhérant à la Sacem comme auteur et compositeur en 1939. Avec son assistante Fernande Fay, il s’associe après-guerre à Ralph Speer dans la société française SEMI, devenue ensuite SEMI MERIDIAN. À son catalogue d’éditeur, de nombreuses oeuvres de Léo Ferré, Maurice Thiriet, Roland Petit, Raymond Queneau, Francis Lopez (avec lequel il écrira), Michel Polnareff, qu’il lancera et accompagnera de 1965 à 1972… Il fut de 1956 à 1973 président de la Chambre Syndicale de l’Edition Musicale, administrateur de la SACEM et secrétaire général de la SDRM.
Parmi les nombreux lauréats précédents du prix, "Là ou je t’emmènerai", chanté par Florent Pagny, "Le baiser" (Alain Souchon), "Belle" (de "Notre Dame de Paris"), "Qui de nous deux ?" (M), "J‘te mentirais" (Patrick Bruel), "J'aime un homme" (Véronique sanson), "Retomber amoureux" (Chimène Badi), "Le manège" (Stanislas), et l’an dernier, "La superbe", de Benjamin Biolay.


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