Je cherche un compositeur (un auteur) : comment m'y prendre ?
Reste à trouver sa "moitié professionnelle"…
Certes, le hasard reste primordial en matière de rencontres (les principaux concours à gagner sont les… concours de circonstances !), mais en chanson aussi, le hasard se cultive, se provoque même parfois : tous les éditeurs vous le diront.
Il faut donc d'abord sortir de son bureau ou de son studio, qui devient vite une tour d'ivoire, fréquenter assidûment les "lieux de musique" : petites scènes, studios, magasins d'instruments, conservatoires, cours, concours, coulisses diverses, festivals régionaux ou nationaux, délégations locales de la Sacem, centres culturels, journaux professionnels, fanzines, à même de publier des petites annonces, sans oublier les sites internet.
Plus d'un groupe s'est rencontré ainsi. Pensez aussi à solliciter - par le biais de la Sacem (Action Professionnelle), de jeunes auteurs ou compositeurs, (selon la nature de votre recherche) qui commencent à se faire remarquer dans les médias sans être pour autant encore confirmés. Vous pouvez le faire par le biais de leur maison de disques ou tout simplement de l'annuaire.
En effet, vous avez plus de chances de nouer un lien avec des créateurs ou artistes débutants.
Attention : envoyer des textes à un auteur (comme Alain Souchon) ou des musiques à un compositeur (comme Julien Clerc) n'a pas grand sens et peut même l'embarrasser.
Visez donc plutôt les artistes "entre deux", n'exerçant pas la même discipline que vous, proches de votre génération, et ne venant pas de publier un album trop récemment !
Pour cela, écoutez tout ce qui sort, lisez les pochettes (verso), visitez régulièrement votre disquaire, casque à l'appui… Pensez aussi à participer à des rencontres d'auteurs comme celles d'Astaffort (Association "Voix du Sud" de Francis Cabrel) qui suscitent beaucoup d'équipes prometteuses.
Fréquentez les concours, Tremplins, Scènes ouvertes : Bourges, Francofolies, Chorus Hauts de Seine, Périgueux, Montauban, Cabaret de la Poste, Petit Journal Montparnasse, et autres show-cases (cf. "Le Divan" à Paris) où l'on croise des professionnels.
Faites bien sûr dupliquer vos musiques ou vos textes (une présentation élégante n'est pas interdite, veillez toujours à l'orthographe) , en phrasant si nécessaire en "yaourt" les paroles à venir pour aider l'auteur. Pas besoin d'envoyer le tout à telle star de votre jeunesse : ils ont déjà beaucoup à faire.
Lorsque vous vous sentez prêt, vous pouvez démarcher des éditeurs de musique dont la fonction est justement de vous présenter des partenaires, de promouvoir vos œuvres, de vous aider artistiquement et économiquement dans votre création. Envoyer des textes à une maison de disques est en revanche une démarche, souvent vaine pour un auteur "pur".
Pour les choisir, vous disposez d'annuaires professionnels ("Le Guide du Show-business", "L'Officiel de la Musique", etc.), mais comme ils sont nombreux, ils vous appartient de déterminer auparavant votre choix en fonction des artistes et des œuvres que vous appréciez plus particulièrement.
Exemple : si vous aimez bien Enzo Enzo, vous constaterez sur le livret de son disque que, si le producteur en est BMG, l'éditeur s'appelle Emma Music. Regardez à ce titre dans les guides précités pour connaître le nom des protagonistes ainsi que leur catalogue d'artistes, et prenez contact avec eux pour exposer votre démarche.
Un rendez-vous vaut toujours mieux qu'un courrier, mais l'un peut entraîner l'autre, et tout dépend alors de votre force de conviction. Si l'éditeur est séduit par votre travail et votre personnalité, il vous présentera d'autres auteurs et compositeurs de son groupe et vous associera à des commandes pour d'autres chanteurs, etc. Vous serez alors amené(e) à signer avec lui un contrat de cession et de préférence.
Un conseil, donc : sortez, écrivez beaucoup, ne signez rien qui vous engage trop vite, voyez un maximum de gens qui vous présenteront d'autres gens, et osez aborder ceux qui vous attirent ou vous impressionnent : cela les impressionnera d'autant…
Je cherche un producteur (un éditeur, un manager, etc.), comment m'y prendre ?
Différentes pistes s'offrent à vous, mais attention, vous n'êtes pas seul(e) : chaque année, plus de 7 000 auteurs, compositeurs, parfois interprètes s'inscrivent à la Sacem ! Beaucoup vont faire la même démarche que vous, à vous de vous démarquer : par votre talent (on l'a ou on ne l'a pas), et par votre facon de vous… vendre (eh oui!), ou éventuellement de vous faire vendre.
Le talent consiste en effet à écrire, chanter, mais aussi à choisir les gens qui vous choisissent. En face de vous : des éditeurs, producteurs, managers (agents), tourneurs, programmateurs, journalistes spécialisés, etc.
Qu'avez vous à proposer ? Une maquette artisanale ou un produit fini ?
Dans ce dernier cas, voyez la rubrique Autoproductions.
Dans le cas contraire, vous voici à l'heure des rendez-vous, des secrétaires, des carnets d'adresse… Plusieurs annuaires professionnels ("Le Guide du Show-business", "L'officiel de la musique") vous fourniront les contacts et les organigrammes des professionnels de la musique.
La délégation à l'Action Professionnelle de la Sacem est aussi à même de vous renseigner. Mais qui joindre et comment ? Faut-il écrire ou téléphoner ? Et envoyer quoi ? Avez vous constitué un "press-book" (CV, photos) ? Avez-vous un site internet ? Combien de titres sur une maquette, et éventuellement dans quel ordre ? Etc.
Là encore, la rencontre est essentielle : parce qu'elle est le complément de votre enregistrement, de votre écriture, et permet à votre interlocuteur de vous "envisager", comme eût dit Gainsbourg.
Il vous faut donc, en premier lieu, "cibler" quelques labels à la fois proches de votre sensibilité, de vos goûts (disques que vous écoutez) et pas trop courus pour autant : tout le monde se ruant sur des majors de plus en plus centralisées et débordées, choisissez de préférence des indépendants actifs, éditeurs et/ou producteurs, en vous référant aux nouveautés de votre disquaire préféré.
Il existe une infinité de jeunes labels qui peuvent en outre, vous faire écrire pour d'autres artistes.
Et, bien sûr, personnalisez votre démarche, sans aller jusqu' à l'exemple de Zazie qui s'annonça comme…
"La secrétaire de Marc Lavoine" ou à Marka qui prétendit "vouloir joindre tel producteur parce qu'il lui devait de l'argent" (sic) !
Positionnez-vous : vous avez UNE minute pour passer, alors positivez, condensez toute votre expérience en en dégageant les points, les noms forts : premières parties avec…, émissions de radio, collaborations éventuelles, rencontres, influences. Glissez toujours des références dans votre appel (si vous avez fait "Les Rencontres d'Astaffort"*, dites "Cabrel") et ne téléphonez jamais au hasard, sans savoir qui est qui, qui a fait quoi. En toute fin de journée, vous avez toujours une chance de tomber sur quelqu'un d'autre que la secrétaire, peut-être le producteur lui-même !
Engagez la conversation, faites la différence. Si vous résidez en province, planifiez un séjour parisien plutôt que de vous répandre en courriers plus ou moins évasifs.
Une œuvre reste une photographie de l'artiste à un moment donné. L'artiste, lui, transporte un univers dont la chanson n'est qu'un aperçu.
Un conseil : au téléphone comme en rendez-vous, les jeunes auteurs en font toujours trop ou pas assez !
Comment trouver un réalisateur de disques, et d'abord, en ai-je besoin ?
Autrefois, on parlait de directeurs artistiques -le mot revient d'ailleurs aujourd'hui- : c'était le temps des Canetti, Dejacques, Bedos, Missir, Socquet, Souplet, Constantin. Puis est venu le temps des ingénieurs du son : Thibault, Blancfrancard, Lanaro, etc. et des arrangeurs : Yared, Coeuriot, Vannier, auxquels ont succédé aujourd'hui toute une génération de musiciens-réalisateurs : Renaud Létang, Yvan Kassar, Volodia, Etienne de Crecy, Benjamin Biolay, Mathieu Ballet, Pierre Jaconnelli, Erik Benzi, Jean-Pierre Mader, Philippe Delletrez, etc. et de directeurs artistiques purs (Vincent Frèrebeau, Marc Thonon, etc.)
Leur fonction ? Percevoir et développer, amplifier (sublimer ?) votre univers sans le trahir ni le détourner, jouer en quelque sorte le "mur de la chistera" qui renvoie les balles à l'artiste -Chanter, c'est lancer des balles disait Souchon- , ajouter à votre univers une couleur musicale que vous ne maîtrisez pas techniquement tout en la portant en vous. Enfin, un bon directeur artistique vous apportera un recul salutaire, une oreille à la fois publique et professionnelle, voire médiatique. Parfois, cela n'a pas de prix, pour repérer la troisième chanson à gauche qui sort du lot sans crier gare, la dernière prise de voix qu'il faut garder "avec ses défauts", le petit riff de guitare ou gimmick de synthé qui deviendra le leitmotiv obsédant du titre. Le problème est que ces professionnels sont toujours "surbookés", comme on dit, et par ailleurs pas donnés, donc qu'ils n'ont pas le temps de collaborer avec un inconnu (ils touchent des points sur la vente des albums auxquels ils ont participé, en plus d'un cachet fixe, et ne comptent pas leur temps).
A l'inverse, beaucoup de musiciens non spécialisés dans la réalisation assument aussi cette tâche qui peut décider du succès ou de l'insuccès d'un disque. Aux Etats-Unis, la pratique est instituée depuis longtemps : Phil Ramone, Tommy Li Puma, Jimmy Lovine, Barry Beckett, Daniel Lanois, Mitchell Frömm, John Cale, Quincy Jones, ont apporté à des centaines de disques leur "touch".
A vous de choisir, donc, et d'être choisi(e). Si vous voulez solliciter une "star" de la réalisation (vous pouvez aussi, luxe suprême, en "découvrir" une dans votre entourage musical ), il faut:
- vous y prendre à l'avance
- vous assurer de préférence le concours d'un éditeur ou d'un producteur, c'est-à-dire d'un début de financement et, surtout, de crédibilité professionnelle
- présenter votre œuvre de manière la plus dépouillée possible, pour qu'il puisse l'imaginer librement, sans être troublé par un préarrangement
- lui proposer éventuellement de réaliser les pré-maquettes d'un ou deux titres pour convaincre un label d'amorcer la suite
- y aller "à l'estomac" pour bénéficier en quelque sorte de sa supervision amicale -c'est un métier de sésames- et prendre plus ou moins date avec lui.
Quoiqu'il en soit, que vous ayez affaire à un réalisateur-créateur ou un directeur artistique pur (éditeur, producteur, non créateur), il est bon d'établir une relation artistique en amont, qui vous aidera à vous situer et vous permettra de trouver par vous-même les chaînons manquants. Si les réalisateurs sont souvent indépendants, free-lance (et d'ailleurs regroupés, pour certains d'entre eux, dans un syndicat professionnel), chaque maison de disques a ses directeurs artistiques qui pourront (?) vous écouter, vous conseiller, vous orienter vers un réalisateur "maison", voire vous revoir régulièrement avec du matériel neuf. Il suffit pour les connaître de se référer aux organigrammes du "Guide du Show-business" ou du "Guide du rock", et pour se repérer, de se référer à leur travail sur les albums de votre discothèque !
Un conseil pour terminer : la distinction n'étant pas toujours claire entre les statuts de directeur artistique, réalisateur, arrangeur, ingénieur du son dans ce métier, il arrive fréquemment que d'excellents musiciens, ingénieurs du son, voire auteurs s'improvisent réalisateurs, ou directeurs artistiques, et y excellent plus ou moins. A vous de garder la main, et surtout le bon cap !
J'ai décidé de m'autoproduire. Qu'en pensez-vous ?
Mais faites-le pour les bonnes raisons, pas pour éluder certains défauts inhérents à la maquette, que vous retrouveriez forcément sur le disque, face aux mêmes interlocuteurs. Il existe en fait trois types de relation entre un artiste et une société phonographique :
- le contrat d'artiste, qui fait de vous l'employé de la maison de disques (sur la base d'un taux de royalties variant entre 8 et 15 % des ventes au prix de gros, pourcentage modulable avec la notoriété et… les chiffres de ventes), l'ensemble des frais étant alors couvert par le label,
- le contrat de licence où vous assurez le financement de l'enregistrement, c'est-à-dire de la bande-mère, alias le "master", la maison de disques prenant en charge le reste des opérations (gravure, pochette, promotion) et vous ristourne environ 30 % des bénéfices sur le prix de gros,
- le contrat de distribution, qui nous occupe ici, où vous assurez la totalité des frais d'enregistrement et de fabrication du disque, pochette incluse, et apportez à la maison de distribution un produit "fini", qu'elle acceptera ou non de mettre en place, c'est-à-dire de distribuer dans les bacs. Vous récupèrerez dans ce cas-là environ 50 % des ventes, mais vous serez généralement en charge de la promotion, souvent confié à un(e) attaché(e) de presse free-lance.
L'autoproduction intégrale relève de ce dernier cas de figure et fait de vous un auteur / compositeur / interprète / réalisateur / mixer / graphiste / promoteur ,etc. chargé, soit dit en passant, de régler lui-même ses propres droits d'auteur à la SDRM en tant que producteur-usager (droits qui vous seront reversés en tant que sociétaire).
De plus en plus de labels se spécialisent dans la distribution de ce type de produits : Mosaïque, Nocturne, Night and Day, Wagram… Mais l'affaire reste délicate et peut rapidement vous vouer aux de l'ombre, d'autant plus que (disons-le tout net) l'artiste ne dispose pas toujours d'un recul suffisant pour maîtriser son image, sa pochette, son son, son clip, etc.
Le cas le plus fréquent, et, peut-être le plus raisonnable (dans l'hypothèse d'un premier disque) reste le produit semi-fini qu'on apporte comme une carte de visite à la maison de disques, libre à elle de le racheter, le remixer, bref d'élaborer avec vous un vrai "définitif" à partir d'une esquisse. Mais si vous souhaitez tout maîtriser, pensez à explorer les circuits indépendants, notamment sur le Net, et à faire parvenir votre disque avec press-book à un maximum de journalistes, producteurs, programmateurs de salles, de festivals, de concours, d'artistes même : il en restera toujours quelque chose.
Un conseil : concevez votre autoproduction comme un laboratoire, une manière d'apprendre et d'appréhender en une fois tous les métiers que vous cotoierez par la suite. Ne la formalisez pas, ne normalisez pas, et vous aurez peut-être une chance de la voir reprise par BMG comme le toulousain Renaud "Papillon" Paravel, révélation 2002 du genre avec un disque fait 100 % maison !
Je veux chanter, que dois-je faire ?
Vaste question ! Pour y répondre, il faudrait vous raconter tout le métier ! Mais résumons-nous. De deux choses l'une : ou vous écrivez vous-même vos textes ou/et vos musiques, et vous devez avant toute démarche les faire protéger en les déposant à la Sacem ou au Snac. Ou bien vous êtes interprète "pur(e)" et devez impérativement rencontrer des auteurs et compositeurs pour vous constituer un répertoire original.
Pour y parvenir, enregistrez, même de manière sommaire, une ou deux reprises de votre choix, si possible pas trop connues, pour mieux affirmer votre personnalité. Exemple : si vous aimez Isabelle Boulay, essayez-vous à une chanson moins connue de ses albums, sans l'imiter. Si vous ne disposez pas des moyens techniques nécessaires, cherchez des contacts dans les studios d'enregistrement, magasins de musique, conservatoires ou même professeurs de chant de votre région.
Le cas échéant, passez des annonces (magasins spécialisés, presse locale, internet, délégation Sacem, café-théâtres, centres culturels, fanzines, etc.).
A ce stade-là, selon votre style, un piano-voix (ou guitare-voix), bref, un enregistrement dépouillé vaut parfois mieux qu'un arrangement standardisé, puisqu'il s'agit d'une carte de visite musicale.
C'est comme cela que vous découvrirez des paroliers et musiciens avec lesquels faire équipe : en leur présentant votre maquette de reprises (on dit "une démo"), qui leur indiquera votre style, votre tessiture, vous les inspirerez ou… non, et réciproquement.
Cherchez donc d'abord autour de vous, où que vous viviez, avant de "viser Paris" ou de focaliser sur des stars, voire des "star academies" !
Prenez le temps d'être prêt(e), et dès que vous aurez vos premières chansons satisfaisantes, que vous les aurez éventuellement rodées sur des petites scènes voisines. Pour cela faites des concours, auditions, showcases, en vous renseignant auprès de la mairie, la Sacem locale, la DRAC-direction régionale des affaires culturelles. Vos chansons doivent être enregistrées avec vos musiciens/compositeurs, qui disposent souvent de homes studios. Vous pourrez alors envisager de présenter votre "carte de visite" (trois titres, pas plus) à des professionnels, régionaux ou nationaux : éditeurs, producteurs phonographiques, managers, programmateurs de festivals, cours, concours, émissions TV...
Et bon vent !
Mais un seul tuyau pour la route : écoutez bien les conseils, suivez votre seul instinct. Plus vous serez vous-même, plus vous rencontrerez les autres (public ou professionnels). Car le mot clef du métier, c'est la rencontre.
- Pour plus d'informations, consultez le site de l'Adami


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