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Disparition de Jacques Demarny

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Jacques Demarny
C’est avec une profonde émotion que la Sacem a appris la disparition de Jacques Demarny dont, avant même que d’évoquer la carrière d’auteur et d’administrateur, elle souhaite saluer l’immense humanité.
Car parler de Jacques Demarny, c’est d’abord penser à l’homme exceptionnel, chaleureux et droit qu’il fut, aussi fidèle à la parole donnée qu’écrite. Il écrivait sur les bonheurs simples, les douleurs muettes, les hommes en proie à l’histoire, ces hasards improbables qu’il tenait pour des rendez-vous, avec authenticité et intensité.

Jacques Demarny était un homme de l’art, quand celui-ci se conjuguait avec la vie, s’apprenait en coulisses à l’ombre des géants. En ce temps-là, les frères Demarny se produisaient en première partie de Georges Brassens.
Cet auteur qui préférait le « nous » au « je », parlait plus volontiers de ses confrères que de lui-même, était né pour être leur ambassadeur, passeur, porte-parole : leur administrateur devenu ensuite président du conseil d'administration de la SACEM, puis président du BIEM, enfin l’un des plus présents de nos présidents d’honneur ; également vice-président de notre Comité du Cœur et de notre Société Mutualiste, sans parler de son engagement au sein du SNAC et de l’UNAC.

Résistant dès l’adolescence, au temps où il faisait ses débuts d’acteur aux côtés de Serge Reggiani (« Le carrefour des enfants perdus », puis « Le bataillon du ciel »), homme orchestre qui chercha longtemps sa voie, et la trouva dans les livres sacrés, homme au service des hommes et artiste passé au service des artistes, il s’employa ensuite à éclairer ses étoiles, porter ses bonnes paroles. Mais il parlait de « ses » chanteurs comme de frères (Enrico Macias), de fils (Daniel Guichard), de compagnons (Gérard Lenorman, Georges Guétary), d’une famille spirituelle où quand on se choisissait, c’était pour toujours.

Réécouter ses chansons les plus intimistes (« Dis moi ce qui ne va pas », pour Enrico, « Je n’ai pas le cœur à sourire » et « Je t’aime tu vois » pour Daniel, « J’veux pas l’savoir » pour Bibie) est la meilleure illustration possible de ses qualités, ce mélange permanent de pudeur, d’impatience, d’acuité qui le caractérisait. Il savait écouter, retenir, et se souvenir. Il aimait raconter et ne promettait rien qui ne pût être tenu, conscient de cet engagement qu’est par définition la vie, du poids des mots dans une vie d’auteur.

Sa carrière reste indissociable de celle d’Enrico Macias. Personne n’avait ainsi chanté l’exil, l’exode : « J’ai quitté mon pays », « Au talon de ses souliers », mais aussi l’humanité, à tous les sens du terme : « Enfants de tous pays », « Les gens du nord », « Les millionnaires du dimanche », « Mon coeur d’attache ». Personne n’avait utilisé avec autant de chaleur les mots « soleil », « fraternité », « paix », « enfant », « femme », « amour ». Jacques avait le sens des familles, des valeurs et des traditions. Ce qu’on appellerait aujourd’hui un supplément d’âme, et qui n’est jamais que le respect dû à la vie. Il savait vous parler dans les yeux, peser ses mots comme ses silences, était de ces êtres qu’on retient, qu’on les appelle justes ou élus, parce qu’ils parlent de l’invisible, brûlent de passions telluriques, comme les volcans de son Massif Central, sa terre d’adoption.

Grand parolier, et reconnu comme tel par ses pairs (cf Grand Prix Chanson 2007 à la SACEM, catégorie créateur) et par le public, il eût fait un grand directeur artistique. Rien de ce qui était humain ne lui était indifférent, ses textes sur la Shoa (« Six millions de larmes »), le conflit israélo-palestinien (« Un berger vient de tomber »), la décolonisation (« Non je n’ai rien oublié »), la paix (« Noël à Jérusalem »), le couple (« La femme de mon ami », « Avant toi, après toi », « Le bonheur de vivre en commun », « Vieillir ensemble »), et tout simplement le bonheur de vivre (« J’appelle le soleil ») ont beaucoup participé de la vie de notre peuple, de notre histoire. Plus d’une fois, il fut la voix du déshérité, le cri de l'opprimé (« Est-il un ennemi », « Malheur à celui qui blesse un enfant », « Le fusil rouillé », « Ce n’est pas à Dieu que j’en veux »).

Contact presse/Elisabeth Anselin/01 47 15 45 32 elisabeth.anselin@sacem.fr
 

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