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1963 : Prix Sacem des Créateurs

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Du "petit voisin" au grand sociétaire

"La Javanaise" et "La chanson de Prévert"

Si l’on se souvient de son Grand Prix Charles Cros des débuts (1958) et de son Grand Prix Eurovision (1965) via France Gall avec « Poupée de cire, poupée de son », dont l’arrangement d’Alain Goraguer défraya par ses cordes effrénées les codes de l’austère concours, on oublie trop souvent que Serge Gainsbourg a été couronné en 1963 d’un Grand Prix Sacem des Créateurs, pour avoir écrit deux des plus belles oeuvres des années 60 : « La chanson de Prévert » et « La Javanaise », en plus de « L’eau à la bouche » et du fameux « Poinçonneur ». Deux chansons parfaites, inspirées par une artiste exemplaire, qui faisait profession d’égérie : Juliette Gréco.

Pour la première, écrite en 1961 en référence aux « Feuilles mortes » chantées par la même Juliette, il ira un matin demander à Prévert l’autorisation écrite d’utiliser son nom.
Le poète l’adoubera avec enthousiasme, champagne en main, exactement comme avant lui Boris Vian et Marcel Aymé. Si Serge n’a pas encore trouvé son public, il s’est déjà fait des pairs !
Juliette Greco
Le 2 janvier 1963, il enregistre à Londres quatre titres, dont une valse qui dit :
« J’avoue j’en ai bavé pas vous
mon amour
Avant d’avoir eu vent de vous
mon amour
Ne vous déplaise
En dansant la javanaise
Nous nous aimions
Le temps d’une chanson »

L’oeuvre, à la fois moderne et classique, avait failli être créée pour Brigitte Bardot, qui en enregistrera finalement une autre, « L’appareil à sous », et deviendra l’un des titres emblématiques de Gréco, décidément prompte à dénicher et révéler les talents (Ferré, Béart), tout comme Patachou (Brassens), Catherine Sauvage (Ferré, Vigneault), Mireille (Le petit conservatoire de la chanson) et Michèle Arnaud (Gainsbourg, Bontempelli…).

La cérémonie des Grands Prix Sacem

Gainsbourg Devos 1963
Et en ce jour de printemps 1963, Serge se retrouve donc à l’honneur de « la maison d’en face » de son enfance, « Prix des Créateurs » de la Sacem aux côtés de Louis Aubert (Prix Enesco), Tony Aubin (Grand Prix de la Sacem), Jacques Hourdeaux, André Salvet et Claude Carrère (Prix Vincent Scotto pour « L’école est finie »), Mme Robert Chauvigny (Prix Enoch), Claude Delecluse (Grand Prix de la Chanson Française), Paul Maye (Prix des Fondateurs), Léon Raiter (Prix Seiller), Claude Valéry (Prix Marguerite Monnot).

En d’autres mots, du chef d’orchestre de Piaf (Chauvigny), de l’auteur du « Petit Coquelicot « (Valéry), de celui des « Roses Blanches » (Raiter), du coauteur des « Amants d’un jour » (Delecluse), du pianiste de Ravel (Aubert), du compositeur de la musique du « Corbeau » (Aubin, illustre chef d’orchestre et pédagogue).

Et en présence d’invités enthousiastes comme son copain Raymond Devos, encore mince et déjà drôle.
 
Gainsbourg Enoch 1963
Par une singulière ironie du sort, cet éternel complice de Gainsbourg, le président d’alors de la Sacem, Jacques Enoch, est justement l’heureux éditeur de cette fameuse… chanson de Prévert et Kosma, « Les feuilles mortes », qui lui ont inspiré sa propre version, et la médaille n’en a que plus de prix.

Etre couronné de ces mains même qui signèrent en 1945 le contrat du futur succès d’Yves Montand, Juliette Gréco et tant d’autres (plus de 600 reprises à ce jour dans le monde, sous le titre d’« Autumn leaves ») ne peut qu’avoir séduit notre homme, qui y repensera peut-être lorsque, dix ans plus tard, il participera à un reportage sur le déménagement de la Sacem, déposant symboliquement une œuvre aux guichets de la rue Chaptal avant leur fermeture. Une fois de plus, à sa manière, il aura répondu présent à l’appel de sa société d’auteurs, toujours là quand les choses bougent…
 
Gainsbourg groupe 1963
Mais en ce jour de 1963, le jeune lauréat sourit à l’objectif, entouré de sa nouvelle « famille Sacem », où l’on reconnaît entre autre l’éditrice Rachel Breton, la chanteuse Simone Alma, le chef d’orchestre Raymond Lefèvre…

Quels compliments Jacques Enoch fera-t-il à l’ex « petit voisin » du 11 bis en le célébrant et son père Joseph assiste-t-il à la cérémonie ? On ne le saura jamais, mais on sait qu’il arrive à Serge-Lucien d’être accompagné par lui en gala, au détour d’un casino ou d’une salle des fêtes, et que celui-ci reste son plus grand fan.
Mais son emploi du temps commence à être chargé : pour cette seule année 63, il publie chez Philips deux 45 tours, « Vilaine fille, mauvais garçon », contenant « La Javanaise », et « Chez les yéyés » (« Elaeudanla Téïtïa »), et un album mythique (« Gainsbourg confidentiel », avec notamment « Sait-on jamais où va une femme quand elle vous quitte ? »), deux B.O. de films (« Strip tease » et « Comment trouvez-vous ma sœur ? »).
Il est alors chanté par Juliette Gréco, Brigitte Bardot, Isabelle Aubret (« Il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé », sur une musique d’Henri Salvador), Nana Mouskouri, Jean-Claude Pascal…

Serge est en passe de devenir l’Auteur-compositeur du moment, qu’une Lolita nommée France Gall va consacrer dès l’année suivante (« Laisse tomber les filles », « N’écoute pas les idoles »), parallèlement à son album « Percussions » (« New-York USA », « Couleur café », « Pauvre Lola »…).
Mais c’est en 1965 qu’il prendra son envol, en termes de ventes, avec « Poupée de cire, poupée de son » (Grand Prix Eurovision), « Les p’tits papiers » (Régine- Prix Charles Cros), « La guérilla » (Valérie Lagrange), « Les Incorruptibles » (Petula Clark), suivis en 1966 –année héroïque- de « Les sucettes », « Baby pop », « La gadoue », « Oh Shériff », « Harley Davidson », « Qui est in, qui est out », « Docteur Jekyll et Monsieur Hyde »… Gainsbourg a, comme il le déclare à Denise Glaser (« Discorama ») « retourné sa veste et découvert qu’elle était doublée de vison »... Il mettra désormais 20 ans à se construire un double, Gainsbarre.
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