Serge Gainsbourg et la grande dame
A l'occasion du 20ème anniversaire de la disparition de Serge Gainsbourg, la Sacem rend hommage à l'artiste en marge des grandes lignes de sa carrière, en abordant des sujets plus intimes.
Ainsi, retrouvez sur notre site des images inédites de l'homme et des interviews exclusives notamment d’Alain Chamfort et de Jean-Claude Vannier orchestrées par Pierre Achard.
Du 2 au 11 mars, découvrez l'histoire moins connue des liens entre cet auteur-compositeur-interprète et sa société sous la forme d'un feuilleton.
Ainsi, retrouvez sur notre site des images inédites de l'homme et des interviews exclusives notamment d’Alain Chamfort et de Jean-Claude Vannier orchestrées par Pierre Achard.
Du 2 au 11 mars, découvrez l'histoire moins connue des liens entre cet auteur-compositeur-interprète et sa société sous la forme d'un feuilleton.
©Stan Wiezniak
Dans la vie, on a souvent son destin à portée de main, si près qu’on va le chercher ailleurs.
Serge Gainsbourg est quasiment né face à la Sacem, maison mère de toutes les musiques, et à une école de filles.
Tout est dit. Il n’avait qu’à traverser l’étroite rue Chaptal, presque à tendre la main pour cueillir les unes et déposer les autres, celles-ci inspirant bien sûr celles-là.
Ainsi passa-t-il peu à peu des amours perdues à la Verlaine aux conquêtes mises en tubes, aux tops gravées au Top, de « Elisa » et « Manon » à « Five easy pisseuses ».
Pourtant, il passa sa vie à regretter un paradis perdu à la Gauguin, tout en réussissant dans ce qui ne pouvait qu’être mineur et indigne de lui puisqu’il y parvenait sans effort apparent : « Je ne voudrais pas faire partie d’un club qui m’accepterait pour membre », disait Groucho Marx, repris par Woody Allen.
Mieux, il se mettait en danger, écrivant à la dernière seconde comme mieux défier ses muses volages, s’enfermait dans des trains et des hôtels qui tanguent au gré d’un Chivas, d’une plume et Quatre Roses, exactement comme il aurait pu, à la Simenon, écrire dans une cage en verre, un bras dans le dos ou un bandeau sur les yeux : un jeu d’enfant, pour qui adorait les siens.
On appelle ça un don, et d’aucuns réussissent uniquement dans ce qu’ils font mine de rejeter, de mépriser.
Serge Gainsbourg est quasiment né face à la Sacem, maison mère de toutes les musiques, et à une école de filles.
Tout est dit. Il n’avait qu’à traverser l’étroite rue Chaptal, presque à tendre la main pour cueillir les unes et déposer les autres, celles-ci inspirant bien sûr celles-là.
Ainsi passa-t-il peu à peu des amours perdues à la Verlaine aux conquêtes mises en tubes, aux tops gravées au Top, de « Elisa » et « Manon » à « Five easy pisseuses ».
Pourtant, il passa sa vie à regretter un paradis perdu à la Gauguin, tout en réussissant dans ce qui ne pouvait qu’être mineur et indigne de lui puisqu’il y parvenait sans effort apparent : « Je ne voudrais pas faire partie d’un club qui m’accepterait pour membre », disait Groucho Marx, repris par Woody Allen.
Mieux, il se mettait en danger, écrivant à la dernière seconde comme mieux défier ses muses volages, s’enfermait dans des trains et des hôtels qui tanguent au gré d’un Chivas, d’une plume et Quatre Roses, exactement comme il aurait pu, à la Simenon, écrire dans une cage en verre, un bras dans le dos ou un bandeau sur les yeux : un jeu d’enfant, pour qui adorait les siens.
On appelle ça un don, et d’aucuns réussissent uniquement dans ce qu’ils font mine de rejeter, de mépriser.
©Jean d'Hugues
Fondamentalement, il s’est toujours revendiqué comme peintre, comme Coluche ou Daniel Auteuil se rêvaient… chanteurs. La vie fait ce qu’elle veut.
Lui, c’est par les femmes qu’il s’imposa, commercialement parlant (même dans son célèbre duo torride des seventies, « Je t’aime moi non plus », à la résonance internationale et aux deux versions).
Et lorsqu’il « explosa » -comme on dit aujourd’hui- à la première personne, avec sa « Marseillaise » revisitée, il le fit vraiment, implosa en même temps, se fabriqua un masque si prégnant, un double si envahissant, qu’il chavira dans l’eau de son miroir, se noya peu à peu dans les glaçons du Raphaël (son dernier saint, tous les garçons de l’hôtel vous le diront), se détruisit à petit feu au terme d’une douloureuse et macabre décadanse, entre le 5 bis rue de Verneuil et sa suite dudit Palace, où il creusait sa mine pour épater sa dernière égérie, un certaine Vanessa.
Lucide, il n’oubliait pas que toutes ses plus grandes œuvres, de Javanaise en Feuilles Mortes, étaient restées longtemps « confidentielles », pour reprendre le titre d’un de ses premiers albums, jusqu’à ce qu’il jouât les rastas pour bluffer la galerie.
Lui, c’est par les femmes qu’il s’imposa, commercialement parlant (même dans son célèbre duo torride des seventies, « Je t’aime moi non plus », à la résonance internationale et aux deux versions).
Et lorsqu’il « explosa » -comme on dit aujourd’hui- à la première personne, avec sa « Marseillaise » revisitée, il le fit vraiment, implosa en même temps, se fabriqua un masque si prégnant, un double si envahissant, qu’il chavira dans l’eau de son miroir, se noya peu à peu dans les glaçons du Raphaël (son dernier saint, tous les garçons de l’hôtel vous le diront), se détruisit à petit feu au terme d’une douloureuse et macabre décadanse, entre le 5 bis rue de Verneuil et sa suite dudit Palace, où il creusait sa mine pour épater sa dernière égérie, un certaine Vanessa.
Lucide, il n’oubliait pas que toutes ses plus grandes œuvres, de Javanaise en Feuilles Mortes, étaient restées longtemps « confidentielles », pour reprendre le titre d’un de ses premiers albums, jusqu’à ce qu’il jouât les rastas pour bluffer la galerie.
©Universal
C’est dire si sa relation avec la Sacem, comme avec toute autre partenaire, fut incertaine, intermittente
, peuplée de « Je t’aime dis-le moi » et de « L’argent n’empêche pas les sentiments », qui se concrétisait par des retrouvailles et des silences.
L’enthousiasme qu’il mit à accepter notre proposition de « master class » en 1984 témoigne bien du bonheur qu’il avait à partager son expérience, en particulier avec ses pairs ou descendants, et dans nos murs de Neuilly.
Intimidant, parce que lui-même intimidé, faussement agressif lorsqu’il mettait son masque de Gainsbarre, jouant avec son personnage comme un gosse repousse ses limites, égrenant ses succès comme on compte ses billes, provocateur né et être d’une intense gravité, il fut l’artiste le plus imité, de son vivant (par les professionnels : Le Luron, Sébastien, Gerra, Lecocq, Gustin… ) et après sa mort, par un nombre grandissant d’auteurs-compositeurs-interprètes inspirés, de Benjamin Biolay (initiales BB !) à Benjamin Belin.
L’enthousiasme qu’il mit à accepter notre proposition de « master class » en 1984 témoigne bien du bonheur qu’il avait à partager son expérience, en particulier avec ses pairs ou descendants, et dans nos murs de Neuilly.
Intimidant, parce que lui-même intimidé, faussement agressif lorsqu’il mettait son masque de Gainsbarre, jouant avec son personnage comme un gosse repousse ses limites, égrenant ses succès comme on compte ses billes, provocateur né et être d’une intense gravité, il fut l’artiste le plus imité, de son vivant (par les professionnels : Le Luron, Sébastien, Gerra, Lecocq, Gustin… ) et après sa mort, par un nombre grandissant d’auteurs-compositeurs-interprètes inspirés, de Benjamin Biolay (initiales BB !) à Benjamin Belin.
Pas un artiste moderne qui n’ait surpris un jour ou l’autre le fantôme de Serge sur son épaule, riant sous cape et lui soufflant à la manière du professeur Keating dans « Le cercle des poètes disparus » : « Va-s-y, p’tit gars, accouche, ose ! Ecris ! Trouve le titre et tu auras la chanson ! Carpe diem, et surtout, sois classieux ! ».
La presse en parle
Journal de France Bleu - mercredi 2 mars
Interview d'Alain Chamfort et Pierre Achard.
Europe 1 : Bienvenue chez Basse - mercredi 2 mars
Interview d'Alain Chamfort


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