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Georges Aperghis, des cailloux aux machines

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Machinations, oeuvre vocale et visuelle de Georges Aperghis, fait l’objet d’un documentaire soutenu par le Fonds d’action Sacem.
Retour sur le parcours d’un créateur hors du commun, pour qui tout est musique.

Un documentaire vient d’être consacré à votre œuvre « Machinations », créée en 2000. Pour vous, il était important d’en conserver une trace cinématographique ?

Georges Aperghis
Très important, dans la mesure où il s’agit d’un spectacle à part entière. On peut bien sûr se contenter d’en écouter la musique sur un cd, mais ce serait se priver du contrepoint visuel.
Pendant le spectacle, il y a quatre écrans qui permettent une adéquation entre les images et les sons. Les caméras sont braquées sur les mains des chanteuses (que j’appelle les « diseuses »), tout est filmé en direct pendant qu’elles triturent différents objets. Elles sont à la fois vocalistes et actrices. Ce documentaire permet de bien comprendre ces deux aspects.

Pourquoi avoir choisi uniquement des voix féminines ? Pour leur musicalité ?

Machinations
Au début, j’avais pensé à intégrer des voix d’homme, mais j’ai finalement choisi le parti pris d’avoir quatre femmes, avec un ordinateur qui essaie de les transformer et qui joue un peu le rôle du mâle… Comme une confrontation entre les deux mondes, féminin et masculin.

C’est la première fois dans votre œuvre que vous faisiez intervenir l’électronique…

Avant, je n’avais pas une grande confiance dans l’ordinateur, je n’aimais pas le fait que les sons viennent de nulle part, ni être assis passivement devant des haut parleurs. Mais j’ai réalisé plus tard qu’il était possible de travailler en direct les corps et les voix.
Désormais j’ai besoin de ce contexte avant de concevoir les parties vocales ou instrumentales. Je m’en sers comme d’une base plutôt que comme un simple accompagnement. Du coup, ça conditionne l’écriture musicale. Depuis « Machinations », j’ai créé d’autres spectacles qui font appel à l’électronique, comme « Happy End » ou « Avis de tempête ». Je me suis laissé prendre au jeu…

Pour les textes qui ponctuent le spectacle, vous avez fait appel à un philosophe, François Regnault. Dans quel but ?

Je voulais réaliser une sorte d’historique imaginaire, des premiers automates jusqu’à l’ordinateur. J’ai demandé à François de m’aider et il a déniché des textes assez beaux, qui vont de la Grèce antique jusqu’à des temps plus récents où l’on se posait la question de savoir si la machine pouvait remplacer l’homme.
Ce sont de petits textes qui interviennent de temps en temps dans le spectacle, comme des informations précises, des îlots de compréhension, des balises dans un parcours plutôt fantasmé.

A travers cette succession de phonèmes, votre propos était-il d’inventer une langue imaginaire ou d’illustrer un retour aux origines du langage?

Je laisse les spectateurs juges. Les gens qui ont vu le spectacle m’ont dit qu’ils y avaient trouvé un sens, qui ne passe pas forcément par le cerveau. Quelque chose d’instinctif, qui fait sans doute appel à des sensations, des souvenirs enfouis. Comme un va et vient entre le son et le sens.
Les mots ont mis tellement de temps à arriver jusqu’à nous, dans leur forme actuelle, qu’on a l’impression qu’ils ont été malaxés pendant des siècles, des millénaires, comme des galets dans une rivière. Quand on prononce un mot aujourd’hui, il faut savoir qu’il est passé par beaucoup d’étapes.

Comment avez-vous travaillé avec les « diseuses » ? Les avez-vous laissé improviser ou devaient-elles suivre scrupuleusement une partition ?

Tout était écrit mais nous avons trouvé ensemble la façon de l’interpréter. C’était un travail assez long, un cheminement entre mes indications et leurs propositions, entre leurs voix naturelles et celles trafiquées par l’électronique. Au fil du temps, le spectacle s’est beaucoup transformé, nous l’avons joué une bonne trentaine de fois et aujourd’hui c’est devenu un travail de précision. Une vraie horlogerie.

D’où vous vient cette passion pour les syllabes, les phonèmes ?

Je me suis toujours intéressé aux langues, je m’amuse souvent à chercher des paradoxes linguistiques, à jouer avec le langage, un peu à la façon de Raymond Devos.
J’aime beaucoup la musique des langues que je ne connais pas, qu’elles soient africaines, éthiopiennes, pygmées ou asiatiques. Même si on ne les comprend pas, on peut être sensible à leur musique.

Selon vous, peut-on faire musique de tout ?

La musique est une organisation, un agencement de sons, comme le théâtre est une organisation de gestes, d’éclairages… Peu importe la qualité des sons.
Pour moi, il n’y a pas de sons beaux ou laids, ils m’intéressent tous, pourvu qu’ils soient à la bonne place. C’est pour cela que j’apprécie différents styles de musique. Par exemple la chanson, les variétés, m’ont toujours intéressé. J’ai toujours été à moitié classique à moitié rock...
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