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Interview de Denis Ladegaillerie

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PDG de Believe et président du SNEP.

« Il n'est pas du tout irréaliste de penser que le marché numérique français puisse peser entre 180 M€ et 200 M€ en 2011 »
 
Denis Ladegaillerie
Les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique se plaignent, à juste titre, des faibles revenus générés par le numérique. Quelle est votre analyse de la situation actuelle ?

La situation actuelle est difficile. En matière de numérique, nous sommes à la fois confrontés à un problème de développement du marché et de taille du marché. Sur le téléchargement d'un titre vendu 0,99 €, la Sacem perçoit 8 % du prix de gros HT, soit quelques centimes à répartir entre l'auteur, le compositeur et l'éditeur. Pour que cela devienne significatif, il faut que le marché se développe très fortement. Si on compare le marché physique et le marché numérique, les taux de perception sont les mêmes. Ce n'est donc pas un problème de taux mais de marché.
Si le numérique se développe, il n'y a pas de raison que les revenus des sociétaires de la Sacem soient moins importants, proportionnellement, qu'avec les ventes de CD. A ceci près que le panier moyen, qui est de 15 € pour un album dans le physique, passe souvent à 3 € pour 3 titres achetés dans le numérique. Les revenus sont donc divisés par 5, ce qui a le même impact que pour les producteurs.

Justement, sur quelles perspectives d'évolution du marché numérique peut-on tabler aujourd'hui ?

Premièrement c'est un marché qui connaît déjà une très forte croissance en valeur, et qui pourrait peser entre 90 M€ et 100 M€ cette année en France (contre 75 M€ en 2009, ndlr).
Actuellement, certains services affichent une croissance comprise entre 60 % et 150 % sur un an. Il n'est pas du tout irréaliste de penser que le marché numérique français puisse peser entre 180 M€ et 200 M€ en 2011. Et si des acteurs comme Google entrent sur ce marché, il pourrait très bien connaître une croissance de l'ordre de 60 % en 2012 et peser entre 300 M€ et 400 M€ dans deux ou trois ans.
Deuxièmement, c'est un marché sur lequel les ventes à l'étranger sont beaucoup plus significatives que dans le physique. Le potentiel d'élargissement du marché est beaucoup plus important avec le numérique. Et pour les auteurs-compositeurs, la capacité à aller chercher des exploitations à l'international est d'autant plus grande.

Est-ce que le marché de l'abonnement sera un levier essentiel de cette croissance, selon vous ?

Le téléchargement est incontestablement le segment de marché qui connaît la plus forte croissance en valeur absolue. Je reste assez optimiste dans ce domaine. Avec l'abonnement, et donc le streaming, nous nous retrouvons tous face au même problème : la difficulté à gérer des reporting avec des milliers de lignes et des montants à 6 chiffres après la virgule, pour une rémunération qui reste très faible.
C'est d'autant plus problématique que cela reste quand même un marché de niche. Aux États-Unis, où ces services existent depuis quatre ou cinq ans, le pic d'abonnés n'a jamais dépassé 1,5 million de personnes.

L'abonnement ne deviendra donc pas un marché de masse, selon vous ?

Lors de sa présentation du deal avec Orange, le directeur de Deezer, Alex Dauchez, a livré quelques statistiques intéressantes. Les utilisateurs du service gratuit, qui sont la grande majorité, écoutent en moyenne 2 heures de musique dans le mois, quand les abonnés écoutent en moyenne 30 heures de musique par mois. Spotify donne les mêmes chiffres. Ce sont les gros consommateurs de musique qui s'abonnent, ce qui a du sens. Dans la structure de marché de la distribution physique, ils correspondent à ceux qui achètent un à deux CD par mois, et ils ne sont que 10 %.

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