Les auteurs-réalisateurs
Découvrez les interviews de Madeleine Simoni, auteur-réalisateur et conseillère musicale pour la télévision et Donald Kent, auteur-réalisateur.
Il s’agit de faire l’analyse d’une partition pour en souligner les moments importants qui devront ressortir à l’image. Sur cette base, le réalisateur va choisir ce qui l’intéresse, et réfléchir aux valeurs de cadre. Puis chaque plan, chaque instrument sera affecté à une caméra précise, et tout cela est noté sur la partition.
Le jour du tournage, le conseiller musical donne les tops pour chaque plan en suivant la musique. C’est un travail de haute précision, il faut savoir lire une partition comme un chef d’orchestre, et donc avoir des bases musicales très solides.
Les deux métiers m’amusent beaucoup. En tant que conseiller musical, j’aime ce rôle d’analyse et de transmission, faire comprendre pourquoi il vaudrait mieux filmer tel instrument à tel moment, pourquoi c’est important.
Est-ce difficile de filmer la musique ?
Cela dépend des moyens à dispositions. Avec beaucoup de moyens, il est possible d’avoir des caméras divergées, ou des caméras portables sur scène. Les contraintes sont énormes, surtout pour la musique symphonique : un concert filmé de 45 minutes peut vite devenir répétitif à l’écran. Cela dépend évidemment aussi des solistes, du chef d’orchestre. Certains visages sont très mobiles, d’autres plutôt inexpressifs... Pour l’opéra, c’est plus facile, on peut jouer différemment sur l’émotion, les déplacements, les expressions des visages.
Que pensez-vous du dispositif de la Sacem en ce qui concerne les auteurs-réalisateurs ?
La Sacem est un organisme formidable, qui donne une ampleur aux auteurs. Elle devrait encore davantage se faire connaître des gens qui ne sont pas membres. La Sacem est un fleuron, c’est l’âme d’une société qu’elle aide à faire vivre à travers la musique.
Tout ce que je fais a plus ou moins trait à la musique. Je réalise beaucoup de films d’opéra, de théâtre et de concerts rock, des « captations », même si je n’aime pas le terme. Cela implique des tournages avec plusieurs caméras, un car. Et aussi des documentaires, sur lesquels le travail est très différent : une équipe restreinte, un tournage plus long. C’est un travail davantage centré sur la personne, avec une « caméra-stylo », qui fait intervenir un autre genre de structure.
Quelle est la spécificité de ce métier ?
En premier lieu, il faut aimer la musique. Mon travail commence par une lecture et une écoute approfondies de la musique. Je connais presque chaque partition par coeur avant de tourner !
Il faut d’abord savoir comment la musique est construite et ce qu’elle dit, pour ensuite la rendre compréhensible à celui qui ne voit le programme qu’une fois à la télévision. Car il s’agit de raconter, avec des images, ce que la musique est en train de dire.
Cela peut se comparer au travail d’un traducteur : les deux langages, musical et télévisuel, ont une structure, une syntaxe, un vocabulaire propres, qu’il faut connaître et savoir utiliser pour traduire la musique en images.
C’est aussi un travail d’interprétation : chaque musique a sa logique interne qu’il faut respecter, en choisissant parmi tous les traitements disponibles. On peut filmer un morceau de musique en deux plans-séquences, avec une seule caméra, ou bien le découper en une multitude de plans très courts.
Que pensez-vous du dispositif de la Sacem en ce qui concerne les auteurs-réalisateurs ?
Le fait que la Sacem nous reconnaisse en tant qu’auteurs signifie qu’elle comprend la nature de notre métier. L’image est un langage, un véhicule pour des émotions et des idées. La Sacem a compris que notre métier consistait à coller au plus près de la musique avec ce langage. Notre reconnaissance par la Sacem nous aide à défendre la spécificité de notre travail.


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