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Marcel Kanche

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Quand Marcel Kanche revisite les chansons de Léo Ferré, cela donne une véritable rencontre aux sonnets.
Portrait d’un baroudeur atypique qui a toujours préféré les chemins de traverse aux autoroutes du show-business.

Vous publiez un disque en hommage à Léo Ferré. D’où vous est venue cette idée ?

En fait, je n’aime pas le terme « hommage ». Il y a un côté élève et maître qui n’est pas mon propos.
Je préfère penser que j’interprète les chansons d’un camarade, même si je ne l’ai jamais rencontré. Je l’ai vu plusieurs fois en concert, un jour j’ai même déjeuné dans un resto juste à côté de lui… mais je n’ai pas osé l’aborder !

Mais quelle est la genèse de ce projet ?

C’est simple, un jour, quand j’ai eu 55 ans, je me suis dit que j’allais peut-être enfin pouvoir reprendre du Ferré. Il avait à peu près cet âge quand je l’ai découvert, il a bercé mes vingt ans, je trouvais ce type percutant, il était pour moi une référence, un écrivain qui m’a beaucoup appris, comme Albert Camus.
J’ai commencé par travailler quelques chansons seul au piano, et puis, par l’intermédiaire d’un ami, j’ai rencontré Marie Ferré, son épouse. C’est une femme merveilleuse, et c’est ce qui m’a décidé à m’attaquer à une œuvre aussi intimidante.

Pourtant, sur disque comme sur scène, vous serez accompagné d’un groupe…

J’ai découvert ce trio lyonnais, I-Overdrive, qui avait enregistré un hommage à Syd Barrett, l’ex Pink Floyd, sur le même label de disques que moi.
De plus, je savais que Léo Ferré était un grand amateur de Pink Floyd, alors j’ai pensé que la connection était évidente. On s’est rencontré, on a répété une semaine dans un gîte dans le Beaujolais, ça s’est bien passé, je me suis senti moins seul face à Léo Ferré.
Pour ce projet, je ne veux pas être le leader, juste le chanteur d’un groupe de petits jeunes qui s’éclatent...

Comment avez-vous choisi les chansons ?

J’ai pioché dans le répertoire post 68, à partir de l’album « Amour Anarchie ». C’est le Ferré énervé, le Ferré punk qui m’intéressait.
En outre, Mathieu Ferré, son fils, m’a offert quelques inédits. L’idée était de reprendre les chansons sans forcément en respecter les formes, de démanteler un peu les grilles harmoniques. Ferré a été souvent interprété avec cet esprit respectueux et révérencieux que je voulais éviter. Mais je ne veux rivaliser avec personne…

Votre parcours artistique est assez atypique. Vous débutez à Paris, chez Castel, avant de vous produire au CBGB, le mythique club punk de New York…

C’est vrai. Castel, c’était en 1976, il y avait des auditions, alors je me suis présenté.
A l’époque, j’avais un spectacle un peu punk, très provocateur et je ne sais pas pourquoi j’ai été quand même pris… Je jouais devant des « people » comme Catherine Deneuve ou Mort Shuman, je me suis fait souvent siffler mais ça faisait partie de la posture. Puis Castel a pris feu et j’ai du aller voir ailleurs…
Jouer à New York, à l’époque, était aussi facile que de répéter dans sa cave. C’est ainsi que j’ai fait les premières parties de groupes comme Cure, Alan Vega ou les Lounge Lizards. On était payé une vingtaine de dollars, on avait droit à quelques bières. J’ai également rencontré Don Cherry qui m’a invité à jouer avec lui à Central Park, mais là je me suis dégonflé. Je regrette un peu aujourd’hui…

Vous avez été très proche d’Alain Bashung, vous avez même écrit pour lui, pourquoi n’a-t-il jamais enregistré l’une de vos chansons ?

Nous nous étions rencontré à plusieurs reprises, avant qu’il ne me demande d’écrire pour lui. Nous nous étions découvert des points communs, notamment nos parcours, notre enfance. Il était pour moi comme un frère. J’ai beaucoup travaillé avec lui, et cela m’a enrichi, dynamisé, même si aucun de nos projets n’a jamais abouti. Mais je n’ai aucun regret. Notre relation était ailleurs, plus intime.

En revanche, vous êtes l’auteur de « Qui de nous deux » pour Mathieu Chédid et de « Divine Idylle » pour Vanessa Paradis… deux tubes !

Ҫa m’a permis d’inviter mes enfants au restaurant… Au début je n’assumais pas trop cette histoire là, mais dans ce milieu où il faut avoir une carte de visite, ça m’a permis d’être un peu reconnu. Mais le succès n’est pas mon problème, ni mon propos. Beaucoup s’y sont perdus. Mais bon, à mon âge, c’est un peu trop tard…
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