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Jean-Louis Aubert - Le grenier à idées

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L’ancien leader de Téléphone n’est pas un auteur-compositeur méthodique et rationnel. Il aime l’accumulation, le hasard, l’improvisation, le tâtonnement.
 
Jean-Louis Aubert et Ariel Wizman aux Grands Prix sacem 2011
Il n’est pas anodin, pour Jean-Louis Aubert, d’avoir reçu le Prix spécial de la Sacem pour l’album Roc’éclair, écrit après la longue maladie et la mort de son père. « Cet album était lié à mon papa. Il était sous-préfet, il avait la Légion d’honneur et il s’est fait beaucoup de souci que je ne sois pas reconnu par mes pairs. Cette année, j’ai eu quelques récompenses et j’ai l’impression que c’est un signe du destin. C’est pourquoi je les ai prises avec du plaisir et de la bonne humeur. J’ai l’impression que ça fait plaisir à mon père. Autrement, je ne sais pas trop quoi en penser. Sinon que je suis passé du statut de jeune guerrier à celui de chef installé. »

Né en 1955, l’ancien chanteur de Téléphone est en effet une référence historique, que l’on pense à la trajectoire pionnière du groupe ou à tous les tubes qu’il a écrits. Mais il conserve une sorte de circonspection émerveillée devant le processus qui fait naître ses chansons, « le moment où un petit morceau de texte rencontre une mélodie. »
Cet instant-là trouve une part de sa magie dans un plaisir d’enfant : « J’adorais fouiller dans le grenier, fouiller parce qu’il y avait du bordel. J’aime avoir une caisse pleine de papiers. »
Écrire une chanson consiste souvent à revenir à ce qui fut écrit à la volée, sur des feuilles volantes, un ordinateur, un cahier.
« J’ai un grenier à idées avec des choses écrites, beaucoup de mélodies, des suites d’accords de guitare ou de piano… Trois fois, je me suis fait voler un sac à dos avec toutes mes notes... »

Comme si quelqu'un d’autre les avait écrites

Prix Spécial de la Sacem 2011
Pour écrire la musique, il a commencé jadis sur minicassette, puis a migré sur quatre-pistes et ordinateur. « Maintenant, on peut avoir un magnéto huit-pistes sur le téléphone portable et faire des choses assez sophistiquées assis dans l’herbe. J’adore bidouiller, faire des overdubs, mettre plein d’instruments. Mais tant qu’il n’y a pas de texte, ça reste un groove, un jeu, un moment dans un parc. Puis je tourne des pages écrites, je relis des idées comme si quelqu'un d’autre les avaient écrites, comme si je volais des chansons. »

Voilà pourquoi il est très rare que ses chansons viennent d’un je t. « Il y a des exceptions, comme Demain là-bas peut-être, pour le dernier album. Ou l’anecdote de La Bombe humaine, qui était une nouvelle d’une dizaine de pages qui a fini en huit lignes. Il y a une chanson que je me suis rêvé en train de jouer et de chanter sur scène. Je me souvenais du rêve, je n’avais qu’à reproduire. C’est une chanson importante, il faut croire ! Elle s’appelait J’suis parti de chez mes parents, une chanson post-ado [sur l’album Crache ton venin de Téléphone en 1979]. Il est rare que j’aille loin dans un texte sans musique, mais ça arrive, si l’idée est inspirante. Les paroles viennent plus d’une idée qui passe et que l’on a le courage de noter – et on ne l’a pas toujours. Pour les paroles, il faut être dans une situation d’attente, entendre des mots dans la rue, marcher le long de la Seine, être attentif, se balader, attendre… C’est très dur d’être volontaire. Contrairement à la musique, je ne peux pas écrire toute la journée et en extraire des petits bouts de texte intéressants. »

Il aime ce processus parfois long, cahoteux, sinueux. Mais il avoue se méfier des chansons qui lui viennent trop vite. « Parfois, j’ai du mal à accepter une chanson écrite très simplement, à accepter sa naïveté. Je suis d’une culture dans laquelle les choses sans effort sont mal vues. »
 

Un hasard du destin

Aubert insiste : le processus d’écriture est disjoint du plaisir qu’il prend à jouer de la musique. « Je suis musicien, j’adore bœufer, chanter des trucs en anglais ou en lavabo, avant d’être dans Téléphone, pendant Téléphone et depuis… Je joue de la guitare, de la basse, du piano, j’ai tout appris en autodidacte et je trouve ça plus facile. La musique sort tout le temps, comme d’un robinet mal fermé. Depuis l’enfance, j’ai toujours une guitare avec moi. Dès que je m’ennuie, je joue. On enregistre ou pas… »

Apprivoiser les mots a été plus difficile. Il se souvient qu’on lui disait que son arrière-grand-père était conteur. « Quand j’ai commencé, je ne voulais pas du tout être chanteur. C’était l’époque des guitar heroes. Je voulais être guitariste ou batteur, ou à la limite organiste. Mais pas chanteur. Chanter a été un hasard du destin. »

Son père, en lui récitant les poètes qui n’étaient pas au programme du collège, l’a entrainé sur cette voie sans qu’il pense, pendant des années, qu’il pouvait joindre l’écriture et la musique. Il a connu son instant de révélation dans un studio, au sortir de l’adolescence. « J’avais écrit une chanson qu’une personne n’arrivait pas à chanter parce qu’il y avait trop de pieds. J’y suis arrivé en condensant les vers parce que je chantais vite. Derrière la vitre du studio, une voix a dit : toi, tu seras chanteur de rock. » Depuis, il se définit comme « quelqu'un qui chante des chansons ».

Interview réalisée par Bertrand Dicale.
Et plus encore dans la vidéo ci-dessous.
 
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