Hommage à Robert Lamoureux
Octobre 2011
C’est avec tristesse et émotion que nous avons appris la disparition de Robert Lamoureux, qui fut, pour plusieurs générations de spectateurs français, l’archétype du comique complet, à la fois auteur, comédien, chanteur, dramaturge, metteur en scène, animateur, et bien sûr sociétaire définitif de la Sacem, où il comptait de nombreux amis et admirateurs.
Pour les enfants du baby boom, Robert était d’abord indissociable de quelques mots, titres-clefs qui témoignaient de l’étendue et de la diversité de ses talents : « La chasse au canard », « Papa, maman, la bonne et moi », « Arsène Lupin », « La septième compagnie », « La soupière », « Le charlatan », ce qui revenait à dire : sketches, chanson, cinéma, radio, théâtre, en un mot spectacle vivant, ô combien, et d’abord vaudeville ! On serait tenté d’y ajouter Sacha Guitry, Jean-Paul Le Chanois, Jacques Becker, Michel Deville, Francis Joffo, et, côté SACEM, Henri Bourtayre, son fidèle compositeur et le père d’un de nos plus chers administrateurs. Et puis Jean Nohain, Marcel Achard, André Gillois, Yves Robert, Fernand Raynaud, la fine fleur du cabaret et de la télévision en herbe, car ceux-là eurent le bonheur d’être des pionniers et d’offrir au futur INA ses plus beaux trésors, de « Joie de Vivre » en « 36 Chandelles ». A mi chemin entre Tintin et Bibi Fricotin, Ribouldingue et Rouletabille, Robert se posait un peu là, reconnaissable entre tous par sa voix nasillarde et son débit frénétique qui suscitaient déjà en soi l’hilarité. Il avait un personnage, dont les ressorts comiques s’inspiraient à la fois du cabaret, voire des chansonniers, et du théâtre de boulevard, de la Butte Montmartre aux Buttes Chaumont. Il vivait nos vies par procuration, nous vengeait des casse-pieds, tracassins et revers sentimentaux, symbole d’un temps insouciant où l’on réinventait le monde, célébrait la jeunesse et découvrait les nouveaux médias.
Svelte, élégant, et bien sûr drôle, Robert avait du charme : il fut sans doute le premier humoriste à faire rire tout en séduisant, bien avant Franck Dubosc, à conquérir, à l’écran comme à la ville, le public féminin par sa gouaille et ses saillies, ses œillades et sous-entendus, et même par son patronyme. A la base de son jeu, il y avait la complicité, et bien des Françaises ont fantasmé sur « Ravissante », « La brune que voilà », « La Française et l’amour » dont les titres parlent pour lui. Il incarne alors le jeune premier gaffeur, débrouillard, dégourdi, le titi cavaleur et futé dont on n’imagine pas qu’il reviendra quinze ans plus tard au sommet du box office sous les traits d’un colonel en vadrouille avec ses pieds nickelés en treillis, à mi-chemin entre les Gendarmes et les Charlots, Gérard Oury et Claude Zidi : quel chemin parcouru ! Ses films nous parlent tant de famille, de Français moyens, de système D et de petits bonheurs en noir et blanc qu’on rêva longtemps dans les mezzanines de l’avoir pour grand frère, pour gendre, pour copain ou pour fiancé. Robert était par définition le genre de héros qui avait réponse à tout, incarnation vivante du système D et de la bonne franquette, comme il en existe un par classe, par régiment, par société.
C’est pourtant par le disque qu’il s’impose, remportant même un Grand Prix, aux débuts du microsillon, avec son fameux canard qui « n’était toujours pas mort » et son « retour de vacances » non moins pittoresque. Partant de la vie de ses concitoyens, encore sous le charme des congés payés et sous le choc de l’Occupation, il extrapole, détourne insidieusement le quotidien et lui apporte ce grain de folie dont les gens ont besoin, jouant sur l’absurde et la digression, l’allusion et la suggestion. Populaire mais jamais vulgaire, il aura, à défaut d’héritiers, de nombreux « fans », de Pierre Desproges (« Réquisitoire Robert Lamoureux » au « Tribunal des Flagrants Délires ») à Jean-Marie Bigard (« Hommage à Robert Lamoureux »), de Michel Loeb à Daniel Russo, et on retrouvera des traces de son humour bon chic bon genre, discrètement insolent, autant chez Pierre Richard que chez Thierry Lhermitte, et autres pince-sans-rire de nos samedis soirs cathodiques.
Mais sa vraie vie, sa véritable adresse, c’est le théâtre, où il triomphera durant plus de 40 ans et dont il connaîtra chaque scène, chaque loge par cœur, comme ses propres appartements : Edouard VII, Athénée, Variétés, Antoine, Nouveautés, Palais Royal, Gymnase, Bouffes Parisiens, Célestins, Michodière, Saint Georges… Souvenons-nous de « L’amour foot », « Le charlatan », « La taupe », « Diable d’homme », « Si je peux me permettre », « La soupière », « Le tombeur » etc, autant de pièces où, seul « maître à bord », il créa pour lui-même et parfois sa chère Magali de Vendeuil des personnages faits sur mesure, pour eux comme pour le public. Il aimait alors insuffler à ses héros une part d’ambiguïté, ce jeu d’ombre et de lumières où il donnait le meilleur de lui-même, et jouait sur toutes les cordes de son talent. Mais c’est le cinéaste Michel Deville qui, avec brio, tira le meilleur parti de son personnage protéiforme en lui confiant le rôle le plus atypique de sa carrière cinématographique et quasiment le dernier, dans « L’apprenti salaud », en 1977.
Reste que pour tout le « village gaulois » des spectateurs français, il demeurera le père de la « Septième Compagnie », trois fois victorieuse au box-office des entrées, qu’on n’est pas près de perdre ni d’oublier dans sa forêt de Machecoul, avec sa galerie de « bras cassés », tous les Lefebvre, Mondy, Maccione, Tornade, Dalban, Marin, réunis comme un seul homme autour de notre bon vieux colonel Blanchet-Lamoureux, qui aurait pu officier dans le génie, tant il avait du flair en matière de succès. De la ressource en matière d’effets et de la verve à revendre, à la ville et à la scène. Un diable d’homme et un fascinant professionnel qui donna tant de bonheur à nos grands parents, à nos parents et à leurs… enfants !
Pour les enfants du baby boom, Robert était d’abord indissociable de quelques mots, titres-clefs qui témoignaient de l’étendue et de la diversité de ses talents : « La chasse au canard », « Papa, maman, la bonne et moi », « Arsène Lupin », « La septième compagnie », « La soupière », « Le charlatan », ce qui revenait à dire : sketches, chanson, cinéma, radio, théâtre, en un mot spectacle vivant, ô combien, et d’abord vaudeville ! On serait tenté d’y ajouter Sacha Guitry, Jean-Paul Le Chanois, Jacques Becker, Michel Deville, Francis Joffo, et, côté SACEM, Henri Bourtayre, son fidèle compositeur et le père d’un de nos plus chers administrateurs. Et puis Jean Nohain, Marcel Achard, André Gillois, Yves Robert, Fernand Raynaud, la fine fleur du cabaret et de la télévision en herbe, car ceux-là eurent le bonheur d’être des pionniers et d’offrir au futur INA ses plus beaux trésors, de « Joie de Vivre » en « 36 Chandelles ». A mi chemin entre Tintin et Bibi Fricotin, Ribouldingue et Rouletabille, Robert se posait un peu là, reconnaissable entre tous par sa voix nasillarde et son débit frénétique qui suscitaient déjà en soi l’hilarité. Il avait un personnage, dont les ressorts comiques s’inspiraient à la fois du cabaret, voire des chansonniers, et du théâtre de boulevard, de la Butte Montmartre aux Buttes Chaumont. Il vivait nos vies par procuration, nous vengeait des casse-pieds, tracassins et revers sentimentaux, symbole d’un temps insouciant où l’on réinventait le monde, célébrait la jeunesse et découvrait les nouveaux médias.
Svelte, élégant, et bien sûr drôle, Robert avait du charme : il fut sans doute le premier humoriste à faire rire tout en séduisant, bien avant Franck Dubosc, à conquérir, à l’écran comme à la ville, le public féminin par sa gouaille et ses saillies, ses œillades et sous-entendus, et même par son patronyme. A la base de son jeu, il y avait la complicité, et bien des Françaises ont fantasmé sur « Ravissante », « La brune que voilà », « La Française et l’amour » dont les titres parlent pour lui. Il incarne alors le jeune premier gaffeur, débrouillard, dégourdi, le titi cavaleur et futé dont on n’imagine pas qu’il reviendra quinze ans plus tard au sommet du box office sous les traits d’un colonel en vadrouille avec ses pieds nickelés en treillis, à mi-chemin entre les Gendarmes et les Charlots, Gérard Oury et Claude Zidi : quel chemin parcouru ! Ses films nous parlent tant de famille, de Français moyens, de système D et de petits bonheurs en noir et blanc qu’on rêva longtemps dans les mezzanines de l’avoir pour grand frère, pour gendre, pour copain ou pour fiancé. Robert était par définition le genre de héros qui avait réponse à tout, incarnation vivante du système D et de la bonne franquette, comme il en existe un par classe, par régiment, par société.
C’est pourtant par le disque qu’il s’impose, remportant même un Grand Prix, aux débuts du microsillon, avec son fameux canard qui « n’était toujours pas mort » et son « retour de vacances » non moins pittoresque. Partant de la vie de ses concitoyens, encore sous le charme des congés payés et sous le choc de l’Occupation, il extrapole, détourne insidieusement le quotidien et lui apporte ce grain de folie dont les gens ont besoin, jouant sur l’absurde et la digression, l’allusion et la suggestion. Populaire mais jamais vulgaire, il aura, à défaut d’héritiers, de nombreux « fans », de Pierre Desproges (« Réquisitoire Robert Lamoureux » au « Tribunal des Flagrants Délires ») à Jean-Marie Bigard (« Hommage à Robert Lamoureux »), de Michel Loeb à Daniel Russo, et on retrouvera des traces de son humour bon chic bon genre, discrètement insolent, autant chez Pierre Richard que chez Thierry Lhermitte, et autres pince-sans-rire de nos samedis soirs cathodiques.
Mais sa vraie vie, sa véritable adresse, c’est le théâtre, où il triomphera durant plus de 40 ans et dont il connaîtra chaque scène, chaque loge par cœur, comme ses propres appartements : Edouard VII, Athénée, Variétés, Antoine, Nouveautés, Palais Royal, Gymnase, Bouffes Parisiens, Célestins, Michodière, Saint Georges… Souvenons-nous de « L’amour foot », « Le charlatan », « La taupe », « Diable d’homme », « Si je peux me permettre », « La soupière », « Le tombeur » etc, autant de pièces où, seul « maître à bord », il créa pour lui-même et parfois sa chère Magali de Vendeuil des personnages faits sur mesure, pour eux comme pour le public. Il aimait alors insuffler à ses héros une part d’ambiguïté, ce jeu d’ombre et de lumières où il donnait le meilleur de lui-même, et jouait sur toutes les cordes de son talent. Mais c’est le cinéaste Michel Deville qui, avec brio, tira le meilleur parti de son personnage protéiforme en lui confiant le rôle le plus atypique de sa carrière cinématographique et quasiment le dernier, dans « L’apprenti salaud », en 1977.
Reste que pour tout le « village gaulois » des spectateurs français, il demeurera le père de la « Septième Compagnie », trois fois victorieuse au box-office des entrées, qu’on n’est pas près de perdre ni d’oublier dans sa forêt de Machecoul, avec sa galerie de « bras cassés », tous les Lefebvre, Mondy, Maccione, Tornade, Dalban, Marin, réunis comme un seul homme autour de notre bon vieux colonel Blanchet-Lamoureux, qui aurait pu officier dans le génie, tant il avait du flair en matière de succès. De la ressource en matière d’effets et de la verve à revendre, à la ville et à la scène. Un diable d’homme et un fascinant professionnel qui donna tant de bonheur à nos grands parents, à nos parents et à leurs… enfants !


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