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Hommage à Jean-Spièro

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Février 2012

Véritable « enfant de la télé »

Jean-Pierre Spièro
C’est avec une immense tristesse que nous avons appris la disparition de Jean-Pierre Spièro auquel la Sacem avait décerné le Grand Prix de l’Auteur-Réalisateur de l’Audiovisuel en 2008. Réalisateur animé d'une immense passion pour le petit écran, il était un véritable "enfant de la Télé"… Très impliqué dans la vie de la Sacem, Jean-Pierre Spièro a été Administrateur puis Vice-Président du Conseil d'administration, membre de la Commission des Variétés, Président de la Commission des Auteurs-réalisateurs. Il va laisser un grand vide au sein de sa Société d'auteurs qui représentait tant pour lui et à laquelle il a tellement apporté. Les auteurs-réalisateurs sont particulièrement attristés de la disparition d'un pair qui s'était engagé si pleinement dans la défense de leurs intérêts légitimes face aux multiples défis auxquels les nouvelles technologies les confrontent.

« Le » réalisateur par excellence... Un des noms les plus cités, salués, évoqués et invoqués en direct par les meilleurs présentateurs de variétés depuis des décennies, de Denise Glaser à Michel Drucker, de Raymond Marcillac à Guy Lux, de Patrice Laffont à Laurent Bromhead, de Pierre Bellemare à Jean-Pierre Foucault. Pas un artiste français (Johnny, Eddy, Cloclo, Jacques Dutronc, Jean Ferrat…) ou étranger (Jimi Hendrix, Four Tops…) de l’époque qui n’ait été au moins une fois filmé, « croqué » par son objectif, qui ne soit passé à sa bienveillante et bouillonnante moulinette ; pas un enfant ou adolescent des années 60/70 qui n’ait vu sans le savoir le monde, et notamment celui de la chanson, à travers ses yeux.

Retour sur son parcours

Passionné de chansons, Jean-Pierre Spièro suit une scolarité normale, passant beaucoup de temps la tête contre le haut parleur de la radio familiale ! En 1951, à 14 ans, il se trouve interviewé pour un micro-trottoir à la Foire de Paris. Il s'entend "dans le poste", ce qui déclenche chez lui une envie irrésistible de faire de la radio. En secret, il écrit à Roland Dordhain qui produit sur la Radiodiffusion française une émission hebdomadaire "Le Chemin des Ecoliers" à destination des jeunes et présentée par des jeunes. En secret, trois jours après il passe un casting, et se trouve engagé et à l’antenne avec, comme seul talent l’inconscience de sa jeunesse. Ses parents le découvrent alors à l’antenne, et loin de lui reprocher, l’encouragent. Sauf que, pendant deux ans d’émissions, ses études prennent un sérieux coup dans l’aile. Son père interrompt cette carrière radiophonique, qui lui a quand même permis de croiser les stars de l’époque : Maurice Chevalier, Yves Montand, Bourvil, Juliette Gréco etc. Et aussi de rencontrer un autre gamin comme lui, un certain Thierry Roland !

Un enfant de la télé

Hélas ! Son père va commettre une grave erreur en achetant l’un des premiers récepteurs de télévision 819 lignes. Et le voilà fasciné par l’image et surtout le direct: Il décide qu'il fera de la télé, mais avant cela, il prépare et passe ses deux bacs. Il est tellement fan, qu'il écrit peu de temps après ce choc, à la speakerine du 819 lignes : Catherine Langeais. Elle lui répond par une lettre délicieuse et l’invite dans son petit studio Rue Cognacq-Jay. Visite guidée et présentation des seules émissions de mi-journée : "Télé-Paris" et le journal tout-image avec son rédacteur en chef Pierre Sabbagh (qui n’était pas encore son mari mais qui sera le directeur de mémoire de Jean-Pierre Spiero à sa sortie de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (l'Idhec) en 1959 ainsi que tous les journalistes présents : Georges de Caunes, Claude Darget, Claude Loursais, Jean-Marie Coldefy et Pierre Tchernia. De ce jour-là, il n'a plus jamais quitté la télé, d’une manière ou d’une autre, traînant entre autres sur tous les plateaux de l'époque. Ses deux bacs en poche, il prépare le concours de l’Idhec à Voltaire, ce qui l’oblige à "bachoter" l’histoire du cinéma et à aller presque tous les soirs à la Cinémathèque, car seule la télévision l’intéresse ainsi que le music-hall que son père lui avait fait découvrir à l’Alhambra et au Concert Pacra, et sa mère à Bobino.
Il réussit le concours d’entrée à l’Idhec où il se retrouve avec Costa-Gavras, Andrej Zulawski et Yves Boisset. Sans oublier certains confrères qui ne jurent que par le grand écran, et qui considèrent la télé comme "la caisse de chômage du cinéma"… Le miracle continue : dès le début de sa seconde année, l’Idhec lui propose de tourner au plus vite son film d’étudiant, pour partir comme assistant-répétiteur sur un long-métrage. Il s'agit du "Testament du Docteur Cordelier", la première coproduction cinéma et télévision, tournée en multi-caméras, des conditions d'une très grande modernité pour l'époque.

Assistant de Jean Renoir à 20 ans !

Il se retrouve donc, en 1957 – il a juste vingt ans ! - avec un monstre sacré du 7ème Art : Jean Renoir. Son rôle est de faire travailler leurs textes à Jean-Louis Barrault et Michel Vitold dans "Le Testament du Docteur Cordelier". Cela lui permet ainsi pendant les 4/5 mois du tournage du film, d'être journaliste, producteur aux Cahiers du Cinéma où il rencontre François Truffaut, Claude Chabrol et Jacques Rivette.
Du coup, Jean Renoir le garde à ses côtés après ce film, pour l’assister dans la mise en son du remontage de "La Grande Illusion" et de nouveau comme assistant-réalisateur pour le tournage du "Déjeuner sur l’Herbe".
Puis ce sont ses débuts d’assistant-réalisateur télé avec Denise Glaser et "Discorama", Jean Kerchbron et "Toute la chanson", "Du caf’conc au music hall" et une foule de directs ! Dès cette époque, il fait la connaissance de Michèle Arnaud, productrice, chanteuse par ailleurs et découvreuse de Serge Gainsbourg.

Débuter avec Denise Glaser et Michèle Arnaud

Il fait son service militaire au Service cinéma des armées, où il croise un certain Rémy Grumbach. Puis Michèle Arnaud - qui lance "Mi-fugue, mi-raisin", une coproduction européenne - fait appel à lui comme assistant. Elle produit une émission avec sa société "Music-Hall de France" dont les actionnaires sont Guy Béart, Jacques Brel et Georges Brassens. Le principe est de tourner dans toutes les banlieues et d'y amener la chanson. Cela a été aussi la première émission à faire découvrir les groupes anglais en France.
Dès 1963/64, Jean-Pierre Spièro se retrouve donc réalisateur de "Music-Hall de France". Il va y recevoir les plus grands artistes de l'époque : Jimi Hendrix, les Four Tops, Guy Béart, Hugues Aufray, Jean Ferrat, etc. C'est à cette occasion qu'il intègre pour la première fois de l'habillage d'antenne et des jingles musicaux, avec un groupe de musiciens, les Gamblers, parmi lesquels… Jean-Claude Vannier et Jean-Claude Petit.

Un palmarès de rêve

Après "Music-Hall de France", il réalise un show consacré à Tom Jones, dont il crée également l'habillage graphique et musical (avec Michel Colombier). Et puis, il ne va plus s'arrêter, enchaînant les programmes de variétés et divertissements : deux émissions produites par Michèle Arnaud à qui, il présente Michel Drucker qui fait alors ses débuts comme animateur de variétés et divertissements pour "Tilt-Magazine" et "Quatre Temps", puis "Télé-Dimanche" produit par Raymond Marcillac, "24 heures pour 3 idoles" (avec Johnny Hallyday, Claude François et Jacques Dutronc), "Entente Cordiale" produit par Mick Micheyl, "Studio 102", "La Bande à Cloclo", "1 heure avec Claude François", "Cadet-Rousselle", "Top Club", "Système 2" avec Guy Lux, "Les sans-studio" avec les Frères Ennemis, "Le Grand prix de l'Eurovision", "Le défi" et "Pièces à conviction" avec Pierre Bellemare, "L'Académie des 9" avec Jean-Pierre Foucault, "Mi-fugue, Mi-Raison" avec Patrice Laffont, "Champs-Elysées", "Stars 90", "Faites la Fête", "Studio Gabriel" avec Michel Drucker. Il réalise et coproduit "Planète Bleue" et "Objectif Demain" avec Laurent Broomhead, pour la première fois un divertissement scientifique en prime-time !
Parallèlement à ces programmes, il réalise de nombreuses opérations prestigieuses : la "Première Nuit des Césars", les "7 d'Or", le "Gala de la Presse", "Ouverture et clôture du Festival de Cannes", "Galas du Midem", "Inauguration de Canal +", "Les 50 ans de la Télévision", "Ouverture et clôture des J.O. d'Albertville". De nombreuses fictions et sitcoms dont "Hélène et les garçons", en collaboration avec Jean-Luc Azoulay, "Ubu Roi", "Notre correspondant à Madras" et "Voltaire's Folies".

Sans oublier "Le Téléthon", qu'il crée et produit en France dès 1987, et qui est une opération sur laquelle il continuera de s’investir jusqu’au bout aussi bien d'un point de vue artistique que technique.

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