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Hommage à Jean-Jacques Souplet

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Septembre 2011
C’est avec surprise et tristesse que nous avons appris la disparition de Jean-Jacques Souplet, cher à nombre de nos administrateurs, qui fut une des figures les plus attachantes et actives de la vie musicale des quarante dernières années, et l’un de nos fidèles compagnons de route. Le public français lui doit, sans le savoir puisque tel est le lot des passeurs, bien des émotions et de ces petits bonheurs qu’on appelle chansons, toujours populaires, jamais vulgaires. Il avait le talent de les produire, comme d’autres celui de les écrire et de les interpréter, le talent en somme de repérer les talents, qui n’est pas plus donné à tout le monde que l’autre. Et cette qualité était chez lui héréditaire, ce qui confère à ces lignes une émotion supplémentaire, comme si une page de notre livre d’or se tournait.

Qui disait Jean-Jacques Souplet pensait d’abord à Jacques Souplet, son père et presque homonyme, décédé il y a quatre ans à peine et lui-même un des grands de la production discographique à son âge d’or (Barclay, CBS, Warner Filipacchi Video), président du SNEP et cofondateur de Jazz Magazine et du Festival d’Antibes, entre autres. Autant dire un homme d’exception. Avec de tels antécédents, Jean-Jacques ne pouvait que se lancer dans la profession et y réussir à son tour. Son nom demeurera indissociable d’artistes de grande variété comme Gérard Lenorman (« Il », « Voici les clefs », « Si tu ne me laisses pas tomber », « Soldats ne tirez pas », « Les matins d’hiver », « Quelque chose et moi », « Michelle », « Et moi je chante », « La ballade des gens heureux », « Si j’étais président », « La fête des fleurs », « Les jours heureux », « Gentil dauphin triste » etc), Dave (« Vanina », « Ce serait trop beau », « Allo Elisa », « Dansez maintenant », « Du côté de chez Swann », « Mon cœur est malade », « Est-ce par hasard », « Lettre à Hélène »), Anne-Marie David » (« Tu te reconnaîtras »), Alain Chamfort (« La danse c’est naturel »), Francis Cabrel (« Les murs de poussière », « Je l’aime à mourir »), Gérard Blanc (« Une autre histoire », « Du soleil dans la nuit »), Renaud Detressan (« On est comme on est »), Jeanne Mas (« Toute première fois »), Adamo, Marcel Amont, Régine, Titanic (« I see no reason », « Sultana », « Searchin », « Santa Fe »), et d’auteurs et compositeurs comme Richard et Daniel Seff, Jacques Demarny, Pierre Delanoë, Didier Barbelivien, Patrick Loiseau, Guy Matteoni, Jean-Pierre Bourtayre, et bien d’autres au fil de ses différents labels : CBS, EMI, Discodis, Night and day… Autant dire une bonne partie du hit parade des années 70 ! Durant ces dernières années, si dures pour la profession, il aura affronté, en tant que producteur et le plus souvent distributeur (Night and day) ce métier en crise qu’il connaissait si bien pour l’avoir en partie édifié, donnant la parole, ou en tout cas une « exposition », à de nombreux labels (Frémeaux…) et artistes de tous les genres, du blues à la world music, et bien sûr à la chanson: de Buzy à Princess Erika, Exode, Theo…

Doté d’un indéniable sens du tube, excellent détecteur de plumes et de voix sachant aussi bien lancer que « développer » une carrière, il excella autant dans les grandes compagnies que comme producteur indépendant, et travailler avec lui à la grande époque était bien souvent l’assurance d’un succès durable, car il était doté d’une rare fidélité professionnelle (cf. le regretté Gérard Blanc, ex Martin Circus qu’il relança avec maestria). Homme discret, simple, volontaire, il avait depuis longtemps compris que la première qualité de sa profession était l’écoute, autant de l’artiste que du public, la seconde la stimulation, la troisième la force de conviction. Il faisait partie de ces vrais producteurs qui savent garder une première prise si elle a le feeling, repérer une vraie mélodie, ajouter un titre fort à un album si besoin, choisir un single et les fameuses « faces A », inspirer et accompagner ses artistes sans jamais se tromper de rôle ni s’imposer à eux, en respectant leur univers. Jusqu’au bout, il aura combattu « Nuit et Jour » avec passion les vicissitudes du marché discographique, et il emporte avec lui l’un des plus précieux secrets de notre métier : celui des vrais « D.A. », comme on disait naguère, c'est-à-dire des hommes de l’art qui avaient aussi la manière, le « sentiment de l’artiste ». C’est, à tous points de vue, une grande perte pour notre métier, et une bien sombre nouvelle pour tous ceux, nombreux, qui ont fait partie de ses aventures, comme acteurs ou spectateurs, et d’abord auditeurs, c'est-à-dire plusieurs générations de Français : nous tous.

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