Hommage à Jean Amadou
Octobre 2011
C’est avec une vive émotion et une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de cette grande -à tous les sens du terme- figure de l’humour hexagonal qu’était Jean Amadou, sociétaire définitif de la Sacem où il comptait beaucoup d’admirateurs et d’amis, exactement comme il était aimé des Français depuis plus de cinq décennies, pour sa manière de décocher ses traits avec un sourire matois et de faire rimer sans faute de goût élégance et irrévérence.
Pour beaucoup, il était en effet celui qui avait fait le pont entre le temps des chansonniers, des cabarets, en d’autres mots de la fin de la « Quatrième » ( République), et celui des pamphlétaires, tour à tour comédien, journaliste, satiriste, écrivain, à la culture encyclopédique et à la curiosité insatiable. Membre à vie du club des géants de la petite lucarne avec Pierre Bellemare et Pierre Tchernia, grand sympathique aimé de tous qui avait donc une belle hauteur de vue sur ce bas-monde et dont la silhouette et la démarche altière faisaient se retourner chacun lorsqu’il remontait le boulevard de Clichy, même s’il le connaissait pas. Amadou, à sa manière, était au pied de la Butte ce que le Sheraton fut à Montparnasse : une institution, qui ne dépareillait pas les traces de Vian et de Prévert, et souriait en permanence aux anges à l’idée d’une trouvaille, d’un bon mot, d’une pépite de micro à garder au chaud ou d’un précieux précepte à offrir à la page blanche : un puriste !
Qui n’était pas passé une fois à sa moulinette radiotélévisée, du Dix Heures aux Deux ânes, du Don Camillo à Bobino, de France Inter à RTL, de TF1 à Paris Première, n’avait pas son « quitus » de bon client médiatique, pas cours sur la scène politique, comme après lui il fallait avoir sa marionnette chez les « Guignols de l’Info » pour exister. Mais il était de la génération « Bébête Show », qu’il avait créé avec Stéphane Collaro et Jean Roucas, émission qui n’engendrait pas non plus la mélancolie et qui fut parfois sous-estimée. Il en fut le fer de lance, l’esprit et la lettre. Il vous adoubait, exactement comme avant lui Rocca, Horgues, Vaillard et les autres, et en plus, on ne lui en tenait pas rigueur. On en redemandait presque, tant il se livrait goulument à l’exercice, vous croquait avec délectation, s’en pourléchait d’avance les alexandrins, de la « petite phrase » ou de l’« affaire du jour », et avait l’art de griffer –au sens de la signature- sans effusion de sang, comme certains caricaturistes de quotidiens, grand pourvoyeur de mots d’auteurs et rimailleur devant l’éternel. A se demander si c’était bien lui qui avait joué précédemment, au théâtre, du Dino Buzzati, Maurice Clavel, Albert Vidalie et Eugène Sue, quand il cherchait encore sa voie (voix ?) entre la scène du La Bruyère et les coulisses de l’Hébertot, voire le plateau des « Sorcières de Salem » !
D’abord, il y avait son style, son timbre, son rythme, quasiment la musique de ses mots qu’il se payait le luxe de mettre parfois en vers, à l’ancienne, avec le fameux sourire espiègle, celui du gamin qu’il était resté (né à Lons-le-Saunier, comme Rouget de Lisle !), pour ponctuer et désamorcer le tout, sa façon à lui de dire que c’était pour rire et de viser d’autant plus juste. « Pan sur le bec ! », comme on dirait ailleurs. Ensuite, il y avait son texte, nourri de détails, de ces digressions qui font le charme des vrais conteurs : fort de sa légendaire « mauvaise foi » qui finissait par retomber juste, il avait le mot qu’il faut, là où il faut. Philippe Bouvard en savait quelque chose, qui pouffait d’avance à ses saillies de studio, et collectionnait ses perles des « Grosses Têtes », et son complice Jacques Mailhot lui devait tant de fou-rires, de « L’Oreille en coin » à « C’est pas sérieux », entre Anne-Marie-Carrière, Maurice Horgues, Guy Piérauld et les autres : sa deuxième famille. Jamais à court, jamais démonté, jamais démodé, Amadou faisait mouche, et jalonnait sa carrière médiatique de livres qui concurrençaient aimablement ceux de l’ami Philippe, en toute fraternité. Quand il n’en écrivait pas, il en lisait, amateur de vieux bouquins, de bons vins et de belles personnes, mais surtout de belles lettres, lui qui s’était vu décerner en 2001 le « Prix Richelieu », pour la qualité de son langage, son souci de défendre la langue française. L’écouter, c’était bien plus que se distraire ; c’était s’instruire, réfléchir, et bien mieux que rire : sourire. Saluons-le donc le cœur léger et l’âme haute : Il serait dommage qu’il nous rendît triste pour la première fois de sa carrière, et s’il doit faire sa sortie sur une larme, qu’elle soit de bonheur ! Nous lui devons tant de soirs heureux, de bonheurs d’esprit et de chauds au cœur, tant de mots d’auteur illuminant notre répertoire, que nous n’avons pas fini d’applaudir à son nom, en cheminant sur nos chemins de vie.
Pour beaucoup, il était en effet celui qui avait fait le pont entre le temps des chansonniers, des cabarets, en d’autres mots de la fin de la « Quatrième » ( République), et celui des pamphlétaires, tour à tour comédien, journaliste, satiriste, écrivain, à la culture encyclopédique et à la curiosité insatiable. Membre à vie du club des géants de la petite lucarne avec Pierre Bellemare et Pierre Tchernia, grand sympathique aimé de tous qui avait donc une belle hauteur de vue sur ce bas-monde et dont la silhouette et la démarche altière faisaient se retourner chacun lorsqu’il remontait le boulevard de Clichy, même s’il le connaissait pas. Amadou, à sa manière, était au pied de la Butte ce que le Sheraton fut à Montparnasse : une institution, qui ne dépareillait pas les traces de Vian et de Prévert, et souriait en permanence aux anges à l’idée d’une trouvaille, d’un bon mot, d’une pépite de micro à garder au chaud ou d’un précieux précepte à offrir à la page blanche : un puriste !
Qui n’était pas passé une fois à sa moulinette radiotélévisée, du Dix Heures aux Deux ânes, du Don Camillo à Bobino, de France Inter à RTL, de TF1 à Paris Première, n’avait pas son « quitus » de bon client médiatique, pas cours sur la scène politique, comme après lui il fallait avoir sa marionnette chez les « Guignols de l’Info » pour exister. Mais il était de la génération « Bébête Show », qu’il avait créé avec Stéphane Collaro et Jean Roucas, émission qui n’engendrait pas non plus la mélancolie et qui fut parfois sous-estimée. Il en fut le fer de lance, l’esprit et la lettre. Il vous adoubait, exactement comme avant lui Rocca, Horgues, Vaillard et les autres, et en plus, on ne lui en tenait pas rigueur. On en redemandait presque, tant il se livrait goulument à l’exercice, vous croquait avec délectation, s’en pourléchait d’avance les alexandrins, de la « petite phrase » ou de l’« affaire du jour », et avait l’art de griffer –au sens de la signature- sans effusion de sang, comme certains caricaturistes de quotidiens, grand pourvoyeur de mots d’auteurs et rimailleur devant l’éternel. A se demander si c’était bien lui qui avait joué précédemment, au théâtre, du Dino Buzzati, Maurice Clavel, Albert Vidalie et Eugène Sue, quand il cherchait encore sa voie (voix ?) entre la scène du La Bruyère et les coulisses de l’Hébertot, voire le plateau des « Sorcières de Salem » !
D’abord, il y avait son style, son timbre, son rythme, quasiment la musique de ses mots qu’il se payait le luxe de mettre parfois en vers, à l’ancienne, avec le fameux sourire espiègle, celui du gamin qu’il était resté (né à Lons-le-Saunier, comme Rouget de Lisle !), pour ponctuer et désamorcer le tout, sa façon à lui de dire que c’était pour rire et de viser d’autant plus juste. « Pan sur le bec ! », comme on dirait ailleurs. Ensuite, il y avait son texte, nourri de détails, de ces digressions qui font le charme des vrais conteurs : fort de sa légendaire « mauvaise foi » qui finissait par retomber juste, il avait le mot qu’il faut, là où il faut. Philippe Bouvard en savait quelque chose, qui pouffait d’avance à ses saillies de studio, et collectionnait ses perles des « Grosses Têtes », et son complice Jacques Mailhot lui devait tant de fou-rires, de « L’Oreille en coin » à « C’est pas sérieux », entre Anne-Marie-Carrière, Maurice Horgues, Guy Piérauld et les autres : sa deuxième famille. Jamais à court, jamais démonté, jamais démodé, Amadou faisait mouche, et jalonnait sa carrière médiatique de livres qui concurrençaient aimablement ceux de l’ami Philippe, en toute fraternité. Quand il n’en écrivait pas, il en lisait, amateur de vieux bouquins, de bons vins et de belles personnes, mais surtout de belles lettres, lui qui s’était vu décerner en 2001 le « Prix Richelieu », pour la qualité de son langage, son souci de défendre la langue française. L’écouter, c’était bien plus que se distraire ; c’était s’instruire, réfléchir, et bien mieux que rire : sourire. Saluons-le donc le cœur léger et l’âme haute : Il serait dommage qu’il nous rendît triste pour la première fois de sa carrière, et s’il doit faire sa sortie sur une larme, qu’elle soit de bonheur ! Nous lui devons tant de soirs heureux, de bonheurs d’esprit et de chauds au cœur, tant de mots d’auteur illuminant notre répertoire, que nous n’avons pas fini d’applaudir à son nom, en cheminant sur nos chemins de vie.


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