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Hommage à John Barry

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Janvier 2011
C’est avec émotion et respect que la Sacem a appris la disparition de John Barry qui fut l’un des plus grands –sinon le plus grand- compositeurs de musiques de film mondiaux des cinquante dernières années, aux côtés de sociétaires français sans frontières comme Maurice Jarre, Michel Legrand et Georges Delerue, et avec lequel nous avions eu le bonheur de collaborer à différentes reprises (interviewes, hommages, masterclass, concerts). Nous y avions découvert un immense professionnel et un homme charmant, disponible, rigoureux et flegmatique aux liens multiples avec notre pays puisque sa fille, Kate, y fait une superbe carrière de photographe. Un classique d’aujourd’hui perpétuellement en quête de nouveaux sons, de nouvelles façons d’éclairer l’image filmée sans jamais la paraphraser, et en quelque sorte le scénariste secret de bien des films, qui nous disait tout ce que les dialogues taisaient, avec quel tact !

Si John Barry était manifestement un génie de la « B.O. », qu’on aurait bien tort de réduire aux deux séries à succès que furent les James Bond et « Amicalement votre » (ses partitions de Goldfinger » et « on ne vit que deux fois » n’en restent pas moins fabuleuses !), il était d’abord un immense compositeur tout court, enfant du jazz et du cinéma, qui alliait des talents rares de mélodiste et d’arrangeur, dans la grande tradition des symphonistes de l’écran : Max Steiner, Victor Newman, Bernard Hermann, avec une prédilection pour les romantiques. Avec une mère pianiste et un père directeur de salles de cinéma, cet émule de Stan Kenton aurait pu devenir un artiste pop (« The John Barry Seven ») si le grand écran ne l’avait littéralement ravi à la variété –il ne ratera jamais l’occasion d’y prouver ses qualité de « songwriter », de Bond en Bond- et l’une de ses premières B.O. restera parmi ses meilleures : la musique du chef d’œuvre de Cyril Enfield « Zoulou » (1962), à voir et à revoir, qu’il reprendra sans cesse. La série des James Bond, où il excellera en mêlant swing et ballades avec de superbes chansons-génériques dignes de clip (animations : Maurice Binder) achèvera de le convaincre : il est fait pour cela, et il suffit de revoir, par exemple, « Opération Tonnerre » ou « Les diamants sont éternels » pour n’en pas douter. Il y compose, y joue comme un poisson dans l’eau, donnant à Shirley Bassey, Sheena Easton, Carly Simon et bien d’autres d’authentiques standards, car il n’est jamais aussi doué que pour sublimer les voix féminines : cet homme est un séducteur, amoureux des grands espaces qui lui inspirent des thèmes amples et lyriques.

Suivront cent musiques de films et cinq Oscars, parmi lesquels nous retiendrons le superbe thème de « Born free » (« Vivre libre »), « La poursuite impitoyable », « Macadam Cowboy », « La vallée perdue » (peut-être sa plus belle œuvre, tirée d’un chef d’œuvre méconnu de James Clavell), « Out of Africa », « Danse avec les loups », « Chaplin », « Les amants du nouveau monde », autant de musiques tellement riches et fortes qu’elles contiennent leurs propres images, donnent à voir le film même si on ne le connaît pas, étant à la fois au service de l’écran et autonomes comme des musiques contemporaines à part entière. Bien peu de créateurs peuvent se prévaloir d’un tel don dans cette discipline, et John Williams a bien compris la démarche, qui y donna suite dans la mouvance de Steven Spielberg, avec le succès que l’on sait. Mais personne n’a encore retrouvé ce mélange de force et de délicatesse, d’épopée et de romantisme qui fait toute la part de l’homme et du compositeur John Barry, à l’image somme toute d’un certain James Bond, époque Sean Connery, dont on ne sait jamais s’il va vous mordre ou vous embrasser, si le plan suivant sera un coup ou une caresse.

Un grand fauve, magnifique chantre du continent africain à l’écran (« Zoulou », « Vivre libre », « Out of Africa »…), et le plus british des compositeurs US.
 
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