Jean-Claude Darnal
Avril 2011
Jean-Claude Darnal, qui vient de nous quitter à un âge dont on a peine à penser qu’il fut avancé tant il était resté jeune d’esprit, de plume, de coeur –disons qu’il avait quatre fois vingt ans, pour céder à la formule consacrée, c'est-à-dire qu’il avait autant d’imagination et quatre fois plus d’expérience qu’à ses débuts- était un homme sympathique, simple, attachant, comme bien des « amis de Georges » (Brassens, qu’il suivit et… précéda en scène, de Trois Baudets en Olympia). Un adolescent d’après-guerre qui avait rêvé de devenir capitaine au long cours, entreprit un tour du monde interrompu dans l’Adriatique et transformé bientôt en… tube (« Le tour du monde », sorte de « Rendez-vous de juillet » en musique). Il y avait en lui du Francis Lemarque (Son titre le plus connu, « Le soudard », est dans la veine de « Quand un soldat », il aurait pu écrire « Mon copain de Pékin » et pensa peut-être à « Toi tu ne ressembles à personne » en écrivant son fameux « Toi qui disais »).
C’était un homme de charme et de caractère, avec une bouille séduisante, à la Perret jeune, de gamin des fifties, une voix de songwriter francophone, moitié boy scout, moitié troubadour, et une plume qui plaisait aux chanteuses : Edith Piaf, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Annie Cordy, Petula Clark, Isabelle Aubret, ne s’y trompèrent pas, pas plus que –côté messieurs- les Frères Jacques, les Compagnons de la Chanson, Eddie Constantine. Il fut un temps où l’on s’arrachait ses chansons, comme hier Serge Gainsbourg ou aujourd’hui Gaëtan Roussel. La roue de la chanson tourne et nous emporte sur sa route, jalonnée de souvenirs en alexandrins. Pas de meilleure école que le music-hall pour explorer la vie lorsqu’on est entré tout petit dans la cour des grands. Lui faisait partie des « chanteurs à guitare », comme Georges, Jacques, Guy, Pierre. Est-il besoin d’y ajouter les noms ? Ses œuvres étaient tout en nuances, mêlant candeur et malice, enfance et mélancolie avec dextérité : il aimait autant écrire pour les « grands » que pour les enfants, animant même durant des années les émissions pour la jeunesse à la télévision, avec le chaleureux Pierre Tchernia, pas encore « magic », mais déjà féérique. Autres temps, où nos lendemains chantaient et où il nous entraînait les grands soirs de réveillon sur son « Petit train de Sasfé » et autre « Papa ô papa »…
Ses parrains de métier étaient illustres : Brassens, Piaf, Vian, Tati, Gréco, et on en passe. A coup sûr, il aurait pu faire du cinéma, et d’ailleurs… il en fit, un peu. Mais il écrivit beaucoup pour le petit écran, et pour les grandes ondes, de nombreuses dramatiques, à l’époque où l’on regardait encore la radio et où la télé nous hypnotisait tant que le mot seul de zapping eût semblé incongru, barbare. Sa compagne, la dynamique comédienne Uta Taeger, l’épaula dans ses œuvres, et contribua largement aux deux plus belles : leur fille Julie, qui chante ses paroles depuis une dizaine d’années sur ses mélodies prenantes, et qui l’a en quelque sorte « rendu à l’écriture », et leur fils Thomas, qui fut le claviériste remarqué de la Mano Negra. Chez les Darnal, on a de qui tenir, et donc le feu sacré. Et l’on imagine la fête, le jour où son mémorable « Quand la mer monte » devint un tube, via la gouaille et l’énergie de Raoul de Godewaersvelde.
Il y a quinze jours à peine, le Comité du Cœur se préparait à fêter Jean-Claude à la SACEM, pour ses 50 ans de présence et de fidélité. Julie l’avait représenté, remplacé avec son charme et son regard qui ne saurait mentir, en digne enfant de la balle. Mais Jean-Claude manquait à tous, un peu comme dans cette superbe chanson de Georges Chelon, « Guy », où des amis réunis après des années d’éloignement ne pensent qu’à l’absent, à celui qui n’est pas venu. Une « Place des Grands Hommes » avant la lettre, où un seul être vous manque et le cœur est dépeuplé. La réponse à cette absence, impitoyable, est tombée ce mercredi 13 avril : Jean Claude est parti. Envolé pour un autre voyage, peut-être si fascinant que nul n’en revient. Va savoir avec les poètes ! Disons que le capitaine au long cours aura réalisé son rêve d’enfance, d’aller voir là-bas, derrière l’horizon de Douai, où il naquit jadis, et qu’il vogue vers quelque Barbade céleste, fidèle au titre de son autobiographie : « On va tout seul au paradis » (Editions Christian Pirot) et à l’esprit de ses œuvres (« 180 voiles »)…
A chaque fois qu’une voix s’en va, qu’un regard d’auteur s’éteint (et être auteur, c’est d’abord avoir un point de vue sur les choses et les hommes), chacun de ses pairs –les vrais- éprouve un serrement de cœur, comme s’il avait perdu un proche, même s’il ne le connaissait pas. C’est ce que nous ressentons aujourd’hui, en nous disant qu’un visage de notre jeunesse vient de s’estomper. Et qu’il est urgent de réécouter les œuvres, connues ou méconnues, de Jean-Claude Darnal, en attendant que Julie, sa fille, et bien d’autres lui rendent l’hommage mérité, dût-on l’appeler « tribute » ! Faire des chansons aussi simples et pénétrantes, intemporelles et en un mot pures, est un art dont il avait percé de longue date le secret : quel meilleur moyen de le découvrir à notre tour que de le (ré)écouter, en fermant les yeux pour nous souvenir au présent ?! Et sa voix de nous répéter comme au bon vieux temps de ses 20 ans : « Mon ami, mon ami, tu es mieux au paradis/Car ici, à c’qu’on dit, les souvenirs durent plus que la vie/Mon ami, mon ami, il n’faut pas t’en étonner/C’est à cause de l’éternité » (« Le soudard »).
C’était un homme de charme et de caractère, avec une bouille séduisante, à la Perret jeune, de gamin des fifties, une voix de songwriter francophone, moitié boy scout, moitié troubadour, et une plume qui plaisait aux chanteuses : Edith Piaf, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Annie Cordy, Petula Clark, Isabelle Aubret, ne s’y trompèrent pas, pas plus que –côté messieurs- les Frères Jacques, les Compagnons de la Chanson, Eddie Constantine. Il fut un temps où l’on s’arrachait ses chansons, comme hier Serge Gainsbourg ou aujourd’hui Gaëtan Roussel. La roue de la chanson tourne et nous emporte sur sa route, jalonnée de souvenirs en alexandrins. Pas de meilleure école que le music-hall pour explorer la vie lorsqu’on est entré tout petit dans la cour des grands. Lui faisait partie des « chanteurs à guitare », comme Georges, Jacques, Guy, Pierre. Est-il besoin d’y ajouter les noms ? Ses œuvres étaient tout en nuances, mêlant candeur et malice, enfance et mélancolie avec dextérité : il aimait autant écrire pour les « grands » que pour les enfants, animant même durant des années les émissions pour la jeunesse à la télévision, avec le chaleureux Pierre Tchernia, pas encore « magic », mais déjà féérique. Autres temps, où nos lendemains chantaient et où il nous entraînait les grands soirs de réveillon sur son « Petit train de Sasfé » et autre « Papa ô papa »…
Ses parrains de métier étaient illustres : Brassens, Piaf, Vian, Tati, Gréco, et on en passe. A coup sûr, il aurait pu faire du cinéma, et d’ailleurs… il en fit, un peu. Mais il écrivit beaucoup pour le petit écran, et pour les grandes ondes, de nombreuses dramatiques, à l’époque où l’on regardait encore la radio et où la télé nous hypnotisait tant que le mot seul de zapping eût semblé incongru, barbare. Sa compagne, la dynamique comédienne Uta Taeger, l’épaula dans ses œuvres, et contribua largement aux deux plus belles : leur fille Julie, qui chante ses paroles depuis une dizaine d’années sur ses mélodies prenantes, et qui l’a en quelque sorte « rendu à l’écriture », et leur fils Thomas, qui fut le claviériste remarqué de la Mano Negra. Chez les Darnal, on a de qui tenir, et donc le feu sacré. Et l’on imagine la fête, le jour où son mémorable « Quand la mer monte » devint un tube, via la gouaille et l’énergie de Raoul de Godewaersvelde.
Il y a quinze jours à peine, le Comité du Cœur se préparait à fêter Jean-Claude à la SACEM, pour ses 50 ans de présence et de fidélité. Julie l’avait représenté, remplacé avec son charme et son regard qui ne saurait mentir, en digne enfant de la balle. Mais Jean-Claude manquait à tous, un peu comme dans cette superbe chanson de Georges Chelon, « Guy », où des amis réunis après des années d’éloignement ne pensent qu’à l’absent, à celui qui n’est pas venu. Une « Place des Grands Hommes » avant la lettre, où un seul être vous manque et le cœur est dépeuplé. La réponse à cette absence, impitoyable, est tombée ce mercredi 13 avril : Jean Claude est parti. Envolé pour un autre voyage, peut-être si fascinant que nul n’en revient. Va savoir avec les poètes ! Disons que le capitaine au long cours aura réalisé son rêve d’enfance, d’aller voir là-bas, derrière l’horizon de Douai, où il naquit jadis, et qu’il vogue vers quelque Barbade céleste, fidèle au titre de son autobiographie : « On va tout seul au paradis » (Editions Christian Pirot) et à l’esprit de ses œuvres (« 180 voiles »)…
A chaque fois qu’une voix s’en va, qu’un regard d’auteur s’éteint (et être auteur, c’est d’abord avoir un point de vue sur les choses et les hommes), chacun de ses pairs –les vrais- éprouve un serrement de cœur, comme s’il avait perdu un proche, même s’il ne le connaissait pas. C’est ce que nous ressentons aujourd’hui, en nous disant qu’un visage de notre jeunesse vient de s’estomper. Et qu’il est urgent de réécouter les œuvres, connues ou méconnues, de Jean-Claude Darnal, en attendant que Julie, sa fille, et bien d’autres lui rendent l’hommage mérité, dût-on l’appeler « tribute » ! Faire des chansons aussi simples et pénétrantes, intemporelles et en un mot pures, est un art dont il avait percé de longue date le secret : quel meilleur moyen de le découvrir à notre tour que de le (ré)écouter, en fermant les yeux pour nous souvenir au présent ?! Et sa voix de nous répéter comme au bon vieux temps de ses 20 ans : « Mon ami, mon ami, tu es mieux au paradis/Car ici, à c’qu’on dit, les souvenirs durent plus que la vie/Mon ami, mon ami, il n’faut pas t’en étonner/C’est à cause de l’éternité » (« Le soudard »).


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