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Hommage à Henri Tisot

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Août 2011
C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition d’Henri Tisot que notre société célébrait encore avec bonheur il y a deux mois en fêtant ses 50 ans de sociétariat.
Au fil des ans et de sa carrière, cet artiste hors du commun était devenu indissociable du théâtre, du « Général », et même de Dieu, auquel il consacra la dernière partie de son œuvre, à travers force pièces, ouvrages, conférences, trouvant comme il se doit pour en parler des accents gaulliens mâtinés de Pagnol : une promotion qui tenait ici de la vocation, pour ne pas dire la profession de foi. Un destin que rien n’aurait laissé augurer lorsqu’il entra au Conservatoire il y a 55 ans, dans la classe de Béatrix Dussane, puis à la Comédie Française sous la houlette de Jean Meyer, cependant que son illustre modèle peaufinait lui-même son personnage avec un sociétaire venu de la « Grande Maison ». Ces deux là étaient donc faits pour s’entendre, et il n’est pas sûr qu’Henri Tisot, en dédramatisant le propos du chef de l’état en une période si critique de notre histoire, n’ait pas à sa façon contribué à populariser ses idées.


Car pour beaucoup d’entre nous, Tisot, c’était d’abord… De Gaulle ! Le premier imitateur français du premier des Français, et le premier à rencontrer comme il se doit le grand public : un million d’exemplaires vendus du 45 tours « L’autocirculation », 300 000 de « La dépigeonnisation », ponctués de triomphes au Théâtre de Dix Heures, à l’ABC, jusqu’à Bobino et à l’Olympia, son Elysée à lui. Un exercice délicat, où il excella par ses qualités d’interprète, d’auteur, d’admirateur de « Qui-vous-savez », l’incarnant plus qu’il ne l’imitait au point que nul n’imita plus le Général sans l’imiter en fait lui-même, sans « faire du Tisot », et poussant le professionnalisme jusqu’à inscrire ensuite à son palmarès Georges Pompidou et même Alain Poher ! D’aucuns prirent le relais avec Jacques Chaban Delmas : il leur avait ouvert la voie, sinon la voix.


Pour tous les enfants de la télé, il était aussi Lucien Gonfaron, héros du feuilleton de Robert Guez, écrit par Jean Canolle, « Le temps des copains », qui ravit la France des années 60 en 116 épisodes et imposa son personnage bonhomme, jovial, rond, lançant ensuite la vogue des série télévisées « familiales » qu’on regardait comme dans un miroir. On en oublierait presque son abondante carrière théâtrale, où il sut passer de Molière à Shakespeare, d’Achard à Genêt, de Beaumarchais à Gide et à… Tisot. Ainsi fût-il Louis XVI dans « La nuit de l’été » de Didier Decoin, réalisé par Jean-Claude Brialy, puis « Le cocu magnifique », dirigé par Roger Hanin, Topaze et Panisse dans les classiques de Pagnol, « Le dindon » de Feydeau aux côtés de Robert Lamoureux et Pierre Mondy, et se mit lui-même en scène dans « L’homme, la bête et la vertu » de Pirandello. Ce qui témoignait d’un éclectisme et d’une palette de talents rares, pour qui le croyait voué à un seul rôle, fût-il de taille.


Devenu depuis 1987 selon son propre mot plus « interprêtre qu’interprète », il portera ensuite de salle en salle son « message biblique » (Théâtres du Rond Point, Nouveautés, Madeleine, Palais Royal) avec « Les 7 miracles de Jésus », « De De Gaulle à Jésus Christ », « A la lumière de Dieu », et multipliera les livres de souvenirs, confidences et confessions, où l’humain prévaut toujours sur le métier et la foi sur le feu sacré : « Le copain et le cabanon », « Le fils du pâtissier » et « De Gaulle et moi, quelle aventure ! », et « Le petit livre du Grand Livre », « Un Français fou de Dieu », « La crèche d’Henri Tisot », « Dialogue avec mon ange gardien ».


Fervent défenseur de la chanson et la langue française (il chanta lui-même à l‘occasion), passionné de théologie et de métaphysique, homme de quête et de débat qui ne détestait pas la polémique, il laisse le souvenir d’un ultime et iconoclaste compagnon de route du gaullisme, d’un serviteur des grands auteurs et des grandes causes, tombé tout petit dans la cour des grands et parvenu aujourd’hui à son but ultime.
 

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