Hommage à Andrée Chedid
Février 2011
Un si beau regard sur le monde
« Il y a des gens qu’on aimerait connaître », chantait naguère Dalida, compatriote d’Andrée Chedid qui fut plus tard son interprète à l’écran dans « Le Sixième Jour », du grand Youssef Chahine.
Cette définition correspondait à merveille à la poétesse, romancière, dramaturge, et surtout femme à la carrière et au caractère exceptionnels, chef de file d’une lignée remarquée dans le monde des arts. On disait « Les Chedid » comme on parle des Seigner, des Casadessus, des Brasseur : d’abord les enfants, Louis et Michèle (peintre), puis les petits enfants, Matthieu, Emilie, Anna, Joseph, avec des croisements aussi inattendus qu’inspirés : « Je dis Aime », succès écrit à quatre mains par la grand-mère et le petit fils, un cas probablement unique dans l’histoire de la Sacem.
Cette dernière lui avait décerné en 1999 son Grand Prix de la Poésie, célébré ce jour-là à sa demande par une figure éminente de la scène française : Bernard Giraudeau, l’heureux adaptateur et cinéaste d’une de ses œuvres majeures : « L’autre », qui était venu porter sa parole avec la lumière et le souffle qu’on sait. Andrée Chedid faisait partie de ces êtres qui donnent la force en même temps que la sagesse, inspirent à la fois respect et sympathie, une de ces maîtresses-femmes à la Françoise Giroud ou à la Suzanne Flon (elles se ressemblaient toutes trois quelque peu, dans des disciplines très différentes) qui savait prendre le temps des gens, la mesure des choses, la parole quand il le fallait et le silence quand il en disait plus. Sa disparition, au moment où sa terre natale renaît de ses sables tel un volcan de ses cendres, n’en est que plus symbolique. Toute fin est un début.
Partagée dès son enfance entre des parents séparés, elle restera toute sa vie placée sous le signe de la dualité, entre Egypte et Liban, français et anglais, moyen orient et occident, espérance et lucidité, poésie et roman, nouvelles et théâtre, et fera son miel de ce multiculturalisme bien avant qu’il ne soit à la mode. Mais la poésie était son « écriture-mère », à laquelle elle « revint toujours, comme si c’était une source essentielle », et qui lui valut moult récompenses, le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, le prix Louise Labé, le Prix Mallarmé, en plus du Goncourt de la Nouvelle et de notre Prix des Poètes déjà cité.
Si elle s’essaya avec bonheur à toutes formes d’écriture, longues et courtes, son œuvre n’en reflète pas moins un grand sentiment d’unité, d’universalité, habitée par une quête de l’humanité, par la « fraternité de la parole », l’assertion d’une identité, féminine sans être pour autant partisane, qui rendait sa poésie si vivante, proche des gens et de son temps. Elle la portait en elle et la transmettait aussi par la parole, l’engagement, cette qualité d’écoute et de partage qui laisse encore un souvenir émerveillé à tous ceux, petits et grands, créateurs et administratifs, qui eurent chez nous le bonheur d’échanger avec elle. Elle était en effet de ces sociétaires qu’on est fier de servir et qui donnent ou redonnent à notre société tout son sens, tant ils assurent sa pérennité. A ce titre, sa collaboration avec « M » témoigne, plus qu’un rebondissement de carrière, d’une vraie transmission : même énergie, même innocence, même idéalisme lucide face aux problèmes de ce monde. « Savoir que les choses sont sans espoir et vouloir néanmoins les changer », aurait dit un autre…
Si la poésie avait un visage, ce serait donc le sien, tant elle portait un beau regard sur ses semblables. Et choisir dans son œuvre est toujours un exercice complexe, subjectif, mais nous y retiendrons particulièrement « L’Autre », « Le Sixième Jour », « Le message », « La Cité Fertile », « Visage Premier », « Prendre Corps », « Le Cœur et le Temps », « Le Cœur Suspendu », « Epreuves du Vivant », « Derrière les Visages », « Les Manèges de la Vie », « L’Enfant Multiple », « Le Survivant « , « Les Marches du Sable », « Seul le visage », « Territoires du souffle », « Les saisons de passage ». Autant de titres qui donnent à leur seul énoncé l’envie de la lire, la relire, tant on est sûrs de s’y retrouver autant que la découvrir, elle qui disait à raison : « L’art, c’est tout ce qui est en dehors de notre étroite peau. L’homme a toujours besoin d’échapper à son étroite peau ».
Cette définition correspondait à merveille à la poétesse, romancière, dramaturge, et surtout femme à la carrière et au caractère exceptionnels, chef de file d’une lignée remarquée dans le monde des arts. On disait « Les Chedid » comme on parle des Seigner, des Casadessus, des Brasseur : d’abord les enfants, Louis et Michèle (peintre), puis les petits enfants, Matthieu, Emilie, Anna, Joseph, avec des croisements aussi inattendus qu’inspirés : « Je dis Aime », succès écrit à quatre mains par la grand-mère et le petit fils, un cas probablement unique dans l’histoire de la Sacem.
Cette dernière lui avait décerné en 1999 son Grand Prix de la Poésie, célébré ce jour-là à sa demande par une figure éminente de la scène française : Bernard Giraudeau, l’heureux adaptateur et cinéaste d’une de ses œuvres majeures : « L’autre », qui était venu porter sa parole avec la lumière et le souffle qu’on sait. Andrée Chedid faisait partie de ces êtres qui donnent la force en même temps que la sagesse, inspirent à la fois respect et sympathie, une de ces maîtresses-femmes à la Françoise Giroud ou à la Suzanne Flon (elles se ressemblaient toutes trois quelque peu, dans des disciplines très différentes) qui savait prendre le temps des gens, la mesure des choses, la parole quand il le fallait et le silence quand il en disait plus. Sa disparition, au moment où sa terre natale renaît de ses sables tel un volcan de ses cendres, n’en est que plus symbolique. Toute fin est un début.
Partagée dès son enfance entre des parents séparés, elle restera toute sa vie placée sous le signe de la dualité, entre Egypte et Liban, français et anglais, moyen orient et occident, espérance et lucidité, poésie et roman, nouvelles et théâtre, et fera son miel de ce multiculturalisme bien avant qu’il ne soit à la mode. Mais la poésie était son « écriture-mère », à laquelle elle « revint toujours, comme si c’était une source essentielle », et qui lui valut moult récompenses, le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, le prix Louise Labé, le Prix Mallarmé, en plus du Goncourt de la Nouvelle et de notre Prix des Poètes déjà cité.
Si elle s’essaya avec bonheur à toutes formes d’écriture, longues et courtes, son œuvre n’en reflète pas moins un grand sentiment d’unité, d’universalité, habitée par une quête de l’humanité, par la « fraternité de la parole », l’assertion d’une identité, féminine sans être pour autant partisane, qui rendait sa poésie si vivante, proche des gens et de son temps. Elle la portait en elle et la transmettait aussi par la parole, l’engagement, cette qualité d’écoute et de partage qui laisse encore un souvenir émerveillé à tous ceux, petits et grands, créateurs et administratifs, qui eurent chez nous le bonheur d’échanger avec elle. Elle était en effet de ces sociétaires qu’on est fier de servir et qui donnent ou redonnent à notre société tout son sens, tant ils assurent sa pérennité. A ce titre, sa collaboration avec « M » témoigne, plus qu’un rebondissement de carrière, d’une vraie transmission : même énergie, même innocence, même idéalisme lucide face aux problèmes de ce monde. « Savoir que les choses sont sans espoir et vouloir néanmoins les changer », aurait dit un autre…
Si la poésie avait un visage, ce serait donc le sien, tant elle portait un beau regard sur ses semblables. Et choisir dans son œuvre est toujours un exercice complexe, subjectif, mais nous y retiendrons particulièrement « L’Autre », « Le Sixième Jour », « Le message », « La Cité Fertile », « Visage Premier », « Prendre Corps », « Le Cœur et le Temps », « Le Cœur Suspendu », « Epreuves du Vivant », « Derrière les Visages », « Les Manèges de la Vie », « L’Enfant Multiple », « Le Survivant « , « Les Marches du Sable », « Seul le visage », « Territoires du souffle », « Les saisons de passage ». Autant de titres qui donnent à leur seul énoncé l’envie de la lire, la relire, tant on est sûrs de s’y retrouver autant que la découvrir, elle qui disait à raison : « L’art, c’est tout ce qui est en dehors de notre étroite peau. L’homme a toujours besoin d’échapper à son étroite peau ».


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