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Hommage à Abder Isker

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Janvier 2011
C’est avec émotion que nous avons appris la disparition d’Abder Isker qui fut l’un des pionniers de la télévision française, quand elle était signée Santelli, Badel, Barrère, Barma, Bluwal, Lorenzi, Sangla, Averty, autant dire qu’elle brillait en lettres d’or, et l’un de nos sociétaires les plus attachants et les plus originaux, véritable « maître du mystère » en 625 lignes, quand une ombre portée valait bien des effets spéciaux.

Apprendre sa disparition au même moment que celle d’Albert Raisner, avec lequel il collabora autrefois, ajoute à notre émotion et à notre nostalgie sans amertume de l’âge d’or de cette télévision où l’on inventait un art, un métier, des concepts et principes qui font encore autorité aujourd’hui. Qui avait vu « Le maître de Ballantrae », « Madame sans gêne », « La mort d’un champion », « L’ennemi du peuple », « Les salauds vont en enfer », « Le bourreau pleure », « Quelqu’un marchait sur ma tombe », « Le temps de la mort », « Sherlock Holmes : l’aventure du pied du diable », « Le cauchemar de l’aube », « Les six hommes en questions », Douze heures pour mourir », « Un jardin sur la mer », ou, côté séries, « Maguy », « Un certain Richard Dorian », « La passagère », « Provinces » -pour ne citer que quelques titres parmi bien d’autres- reconnaissait la patte de ce passionné de films noirs, mystérieux, ce fou d’histoire et d’histoires qui ne vous lâchait plus, de la première à la dernière image. D’où ses adaptations musclées de Francis Durbridge, Frédéric Dard, et d’autres qui lui permettaient de créer des climats saisissants de vérité, grâce à l’utilisation de la vidéo analogique dans ses méthodes de tournage, et avaient donné au téléfilm de genre ses lettres de noblesse.

On ne regardait pas ses drames, on les vivait, on les partageait, vibrant avec Louis Velle, Roger Hanin, Yves Rénier, Gérard Darmon, Alain Mottet, Danièle Delorme. Mais on en riait aussi, lorsque les protagonistes s’appelaient Annie Cordy et Raymond Pellegrin, jamais aussi justes en héros du Premier Empire, façon Victorien Sardou, que sous sa direction à la fois ferme et feutrée : il aimait les acteurs, qui le lui rendaient bien.
Mais qui disait Abder Isker disait aussi variétés, d’Albert Raisner à Guy Lux en passant par Mireille : il était l’œil bienveillant et motivant du « Petit Conservatoire de la Chanson », prenant autant de plaisir à saisir la lumière d’une étoile confirmée qu’à insuffler la sienne à une vedette en devenir, telle Françoise Hardy, jouant à sa manière les passeurs, les révélateurs, rendant aux jeunes ce qu’il apprenait avec les aînés. Et bien peu surent aussi bien filmer Charles Aznavour, Dalida ou Maurice Chevalier que lui, fort de l’expérience des artistes qu’il avait acquise dès Radio Alger, au début de sa carrière, côtoyant Jacques Bedos et autres pionniers au temps de l’Aletty, quand Camus était encore un homme partagé entre ses deux pays et que les frères Brialy partaient à la conquête de la « Métropole ». On lui doit d’ailleurs des films comme « L’Algérie retrouvée » et « Villes d’Algérie au XIXème siècle », montrant la largeur de sa palette et l’attachement à ses racines, qui furent aussi souvent les nôtres.

Sachant tout faire, il chassait le bon scénario, l’adaptation propice avec autant de ténacité et de perspicacité que ses enquêteurs d’un soir ou d’une saison, et mettait volontiers la main, ou plutôt la plume à la patte, expert en la matière (« La dernière porte », « Prière pour Eléna ») et sûrement amateur d’Hitchcock, Melville et Simenon. Il aimait son métier, qu’il fit aussi aimer à toute une génération de réalisateurs, tels que Rémy Grumbach, et nous guetterons sur les chaînes thématiques ses rediffusions, tant son œuvre populaire reste pourtant à découvrir, au même titre que celle d’un Pierre Chenal ou d’un Jacques Deray du petit écran.
 
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