Les petites histoires des Grands Prix Sacem 2011
Ça balance pas mal
13h14. « Fais tourner un peu »… Sur scène, Jean-Philippe Fanfan, le batteur d’Hubert-Félix Thiéfaine lance la machine. A peine deux trois tourneries, et le chanteur arrive.
« Sous un brouillard… » La voix incomparable d’Hubert résonne, et donne le départ des répétitions, des balances, le moment hors-show où tout est préparé. « Je t’aime et je t’attends ». Hubert chante, tout le monde s’affaire autour comme si le chanteur existait à peine. Mais pour que la parure sonore lui aille. Humble vieux briscard, « HFT » s’enquiert de l’avis de ses musiciens : « je fais la guitare là ou pas ?... Bon allez, on recommence avec le bon tempo… et la bonne voix ! » s’amuse-t-il.
Souad Massi, parfaitement à l’heure, se glisse ensuite tout en discrétion en devant de scène et, seule avec sa guitare, permet ses réglages en quelques secondes. Le temps d’une photo sur les flightcases avec Marc, photographe de la Sacem et déjà, la scène ne se ressemble plus, ses instruments tous déplacés : « On gare les batteries en biais, les gars » assène Luigi, en aiguilleur des lieux ! Car il faut y retrouver ses petits. Dans le grand couloir qui mène à la loge, Pierre Carrega, responsable technique du Casino, déplace les dizaines de flightcases de la soirée : « Un éléphant dans un jeu de quilles, je vous dis... Tous les jours, je joue au Tétris ! »
14h19. La musique n’est plus seule reine. L’image vient s’installer. L’équipe télé débarque. Encore des câbles en plus, qu’il ne faut pas mélanger. Oeil de lynx et gouaille incontournable, Pierre du Casino, veille au moindre incident possible. Et pendant que les caméramen s’installent, en loge on relit le conducteur. « Générique début, et puis Ariel Wizman -le présentateur de la soirée- entre en scène… ».
15h00. Pendant que l’équipe de la Sacem s’affaire à vérifier tous les cartons des invités qui déferlent dans 4 heures, le Casino s’habille des panneaux Sacem alors que Renan Luce et Benoit Dorémus, en copains de tournée, arrivent discrètement… mais sans Alexis HK, troisième larron de scène. Rien d’inquiétant pour Renan et Benoit, qui branchent leurs guitares tranquillement en attendant leur comparse. Benoit s’amuse en jouant le lover d’une reprise très inspirée de Tracy Chapman : « I love you… words don’t come easily ».
15h33. Frédéric Jérôme, le directeur du casino, vient sentir l’ambiance de cette soirée particulière dans son lieu. Grand mariage de l’année, la Sacem doit aussi placer ses invités. Incontournable casse-tête ! Les petits papiers blancs parsèment le parterre rouge comme des flocons. Et comme pour les mariages, le traiteur fait son entrée, il est 16h. Des dizaines de serveurs, mais plus de verres encore. « 62, 63, 64… » compte le responsable du buffet. 64 racks de 25 verres, ce qui fait environ 1500 ! Et pourtant il semble manquer 4 racks par rapport aux prévisions… Angoisse éphémère puisque rien ne manquera à la fête !
Accordage crescendo
La pression monte petit à petit, sans que les esprits s’échauffent pour autant. La musique adoucit… Et le mélange des genres surprend toujours. Le quator classique de Guillaume Connesson peaufine ses réglages, et d’un coup, la fourmilière se fige. Eric Serra et ses musiciens écoutent religieusement. Les backliners s’immobilisent. Le choc des genres sur la scène, d’un rack d’effet de guitare aux archets virevoltant des cordes, c’est exactement la raison d’être de la Sacem. Sébastien Cortella, clavier d’Eric Serra, affiche son sourire d’admirateur averti. Dernière note, le quatuor est applaudi. Rien n’est mécanique, rien n’est banal, tout peut arriver… ! Une seule oreille ne s’est pas laissée emporter par le lyrisme, celle de Guillaume Connesson. D’un calme olympien, il glisse : « La séquence de pizz (comprenez pizzicati) a ralenti, en fait… ». Mais il paraît satisfait.
17h17. L’équipe de Julien Banes investit les loges pendant qu’Eric Serra emmène le Casino ailleurs. Baguettes à l’envers le batteur « envoie », les « pratos » tremblent ! Plaisir sur scène, assurément. Dernier coup de tom, Eric, satisfait, sourit, l’étincelle de la musique aux lèvres. Et pourtant, il faut déjà enchaîner. « Allez, Aubert maintenant » lance Luigi qui doit tenir son timing pour que tout le monde ait le temps de répéter. Tranquille, comme à son habitude, Aubert répète son titre. « Maintenant, je reviens, reviens à la sacem » chante-t-il en détournant sa chanson, toujours paisible... Et puis Jean-Louis s’en va rêvasser dans les fauteuils rouges pour suivre la suite des répétitions.
Sur scène, changement de micro, les backliners reste aux aguets. Après un essai de voix, Canteloup répète son sketch avec tous les gestes, mais sans décrocher un mot. L’imitateur se fait muet le temps de sa répétition ! Face à lui, Eric Serra s’amuse également à faire le tour des sièges de velours pour connaître le nom de tous les invités de marque. Alain Chamfort, Line Renaud…
« Personne ne se relâche » ! Dans le hall du casino, le brief aux hôtesses d’accueil a commencé. Et c’est Olivia de la Sacem qui poursuit le déroulé de l’arrivée des invités qui s’annonce délicate. Au fil des années, les grands prix sont devenus une soirée incontournable. Et le monde de la musique s’y bouscule. « Pour les invités presse, c’est Elizabeth et son équipe, les invitations sont nominatives… » Pas un détail omis. Comme sur la mezzanine, où l’on s’affaire pour finir d’installer le cocktail de l’after. En coulisse, une maquilleuse se perd dans les dédales de la salle mythique. Alors qu’Ariel Wizman arrive, enthousiaste : « Ca va être bien, génial même… ». D’autant que le problème de serveur est totalement résolu, l’émission sera parfaitement diffusée. A moins de trois quart d’heures de l’ouverture des portes, la petite voix de Yael Naim, rebondit sur sa guitare sèche, et résonne doucement dans le Casino.
Et c'est parti pour le show
19h47. Le hall est plein. Eric Serra vient accueillir sa famille. Pendant que Line Renaud habituée depuis toujours au velours de cette salle arrive depuis les coulisses, en compagnie de Frédéric Jérome, en se remémorant quelques anecdotes vécues dans son cher Casino. Au deuxième étage, dans les loges feutrées, Jean-Louis Aubert discute avec David Donatien, pendant qu’Emilie Simon peaufine sa coiffure en riant.
En retrait discret, Valérie, la chargée éditoriale, reste attentive aux textes d’Ariel. Elle coupera des paragraphes quand il faudra gagner du temps. Tout est minutieusement orchestré ! Soudain, comme un ange, funambule des câbles qui jonchent le sol, Jacques Higelin traverse les loges en habitué des beaux moments de la Sacem. Sérieux constraste avec les discours officiels et nécessaires. Et, d’une apnée passagère, tout le monde attend la première note de musique pour « être dedans ». Le ministre accompagné par Laurent Petitgirard évoque la loi sur la copie privée qu’il va présenter dans quelques jours, et rassure l’audience de sa défense des auteurs. En quittant la scène, le ministre complimente Yael Naim pour sa beauté, avant de gagner le bar des artistes pour glisser quelques mots à Renan Luce.
A jardin, l’équipe de Julien Banes se prépare : Murray Head en profite discrètement pour revoir les paroles de sa chanson. A quelques mètres de là, à côté des flightcases qui se sont entassées, les cuistots du traiteur continuent de peaufiner leurs petits fours. Et sur scène, la cérémonie bat son plein. Un tonitruant « Ca se passe ? » vient percer la relative sérénité des coulisses : Wizman se donne de l’énergie entre chaque intervention sur scène. Alors que Nicolas Canteloup, venu en backstage l’interpelle pour caler leur apparition commune. « Tu me poses des questions, pendant 30 secondes et ensuite, je fais mon sketch, c’est ça ? ». Ariel acquiesce, mais il a déjà dû bondir sur scène. « Le prix spécial, coup de cœur de la Sacem »… C’est donc Jean-Louis Aubert cette année. « Les artistes ont l’air que les autistes n’ont pas » glisse, volatile, l’ex-chanteur de Téléphone. La discussion s’allonge et le conducteur de l’émission aussi. « Il faut qu’il réduise son texte » trépigne la responsable éditoriale. Aubert démarre avec quelques minutes de retard, mais les délais sont tenus !
Renan Luce et Benoit Dorémus débarquent avec vingt minutes d’avance à l’entrée de scène. Ils veulent sentir l’ambiance et surtout préfèrent « être là que tous seuls dans leur loge ». Renan entre sur scène, discrètement pour regarder le film en hommage à l’œuvre d’Eric Serra, alors que son complice de tournée, Benoit Dorémus, fait des « ki ki ki » de dauphin en souvenir de la musique du Grand bleu du célèbre compositeur… Sans le savoir, Eric Serra lui répondra à la fin de son passage scénique en faisant sortir des chants des célèbres baleines de son smartphone !
Sur le fil
Quand un vent de panique souffle tout à coup dans les couloirs. L’ordinateur d’Emilie Simon a été débranché. « Si pas de séquence, pas de chanson » s’inquiète son bras droit. Le fichier de sa prestation semble introuvable dans son ordinateur. Dans son micro, Luigi lance un SOS à la régie : « On a un problème technique, on va peut être devoir inverser deux séquences ». Tout le monde reste serein, mais sur le pied de guerre. Par sécurité, on invite Souad Massi à rejoindre plus vite que prévu les coulisses. Un coup de make-up, elle se prépare au cas où elle doive finalement passer avant Emilie Simon. Souad, un peu traqueuse, reste tranquille et douce. « J’ai un petit peu peur » ose-t-elle. Elle se rassure en se glissant dans un recoin, une guitare à la main, pour répéter une dernière fois son titre.
Pourtant, la panique ne faiblit pas autour d’elle. « Il faut aller chercher Emilie dans la salle ». Les musiciens classiques qui viennent de sortir de scène font tout ce qu’ils peuvent pour récupérer leurs partitions alors que Canteloup officie encore sur scène. Mais priorité à la belle Emilie, qui pendant le film qui rend hommage au réalisateur Yann Robin, se glisse sur scène et fouille dans son ordinateur pour retrouver… le fichier égaré !
En un clin d’œil, le calme revient, et les sourires se redessinent sur les visages. « C’est bien, ça remet un coup de « boost », ironise-t-elle. Un peu de panique, ça ne fait pas de mal… » Rire général… de soulagement ! L’harmonie tient parfois à un fil… Alors Luigi demande à Souad Massi de rejoindre finalement sa place dans la salle pour venir chercher son prix depuis le public. « J’ai le rôle principal c’est ça ? » sourit gentiment Souad. 22h30, Emilie Simon remercie la Sacem tout en poème… et peut jouer son nouveau titre que l’on a failli ne pas entendre. Pour l’écouter, Yael Naim s’est glissée dans la régie vidéo, derrière le réalisateur de la captation.
La cérémonie n’a pas dit sa dernière note. Dans la salle, Nicolas Canteloup s’est installé dans une travée du Casino pour relire ses textes du lendemain. Pas une minute à perdre pour l’humoriste très occupé. Souad chante et enchante. Et déjà en coulisse, Anaïs commence à rapatrier tous les artistes pour ce qui restera le palmarès 2011. Car le rideau tombera dans quelques minutes. Comme la pression, qui s’estompe petit à petit en loge. Au bar, Emilie rit en répondant à une interview, même si sur scène les backliners courent encore, car l’ampli du guitariste d’Hubert Félix Thiefaine n’est pas le sien ! Cela n’empêche pas le dernier coup de tom du batteur Jean-Philippe Fanfan. Ariel clôt la cérémonie, et tous les lauréats reviennent sur scène.
Derrière le rideau
Minuit et quart, le cocktail se termine doucement alors que le piano à queue du casino résonne des doigts d’un passionné enjoué, même à cette heure tardive.
La soirée des Grands Prix Sacem 2011, ne pouvait finir autrement que sur « trois petites notes de musiques… »
Mathias Goudeau


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