Témoignages - Le Fonds d'Action Sacem vu par les créateurs
Meilleurs souvenirs...
Par Jean-Loup Tournier, président du Fonds d'Action Sacem
"Notre soutien au projet Jazz français à New York, en 1988, est une des actions les plus originales que nous ayons développées.
La Fondation venait de fêter ses dix ans, mais ne tournait pas encore avec une véritable équipe à temps plein. Elle était dans sa phase de maturation et évoluait vers sa ligne politique moderne. En plus d’officier comme mécène pour la création, la production et la diffusion des oeuvres musicales actuelles, elle chercha à diversifier ses aides en faveur d’autres courants – chanson, jazz, rock… –, et d’autres répertoires.
Nous venions naturellement en renfort auprès d’artistes qui n’avaient pas les moyens de se produire à l’étranger afin d’en promouvoir le talent et d’engendrer des rencontres fertiles au contact d’autres cultures. Cette pratique manquait cruellement et répondait à une nécessité d’ouverture. Aussi avons-nous encouragé Marc Ducret, Daniel Humair, Jean-François Jenny- Clark, Joachim Kühn, Hélène Labarrière, Didier Lockwood, Michel Portal et Martial Solal à partir à la conquête du Town Hall, pour un concert rendant hommage au jazz français. Cette programmation était une grande première (alors que le festival avait tout de même trente ans…) et un événement international qui permettait au public américain de découvrir la singularité de chacune de ces figures.
La soirée fut de surcroît l’objet d’un documentaire. Or, comme je le notais, la Fondation cherchait à varier ses champs d’action. Nous voulions les étendre à d’autres formes d’expression telles que la télévision, le cinéma ou la littérature. En 1989, FR3 assura la diffusion du film qu’en tira Christian Palliagiano, alternant phases de concert et phases de reportage. Une manière idéale d’immortaliser ce moment unique du festival de Newport, important dans l’histoire croisée du jazz français et américain, crucial aussi dans l’histoire du mécénat que nous menions."
L'importance du Fonds d'Action Sacem
"J’aime à répéter que la musique est un des personnages de mes films. Son écriture a d’ailleurs lieu pendant celle du scénario. Elle joue un rôle primordial dans mon art et dans ma vie. J’ai moi-même grandi dans un pays – la Grèce – qui se situe musicalement au confluent de traditions très diverses : Orient, latinité, culture slave, le tout uni par l’esthétique byzantine. Du Fonds d’Action, j’apprécie particulièrement sa capacité à donner financièrement sa chance à de parfaits inconnus qui, quelques années plus tard, connaissent une notoriété méritée. A ce titre, je dois dire qu’au moment où j’ai lu le scénario d’Indigènes, personne ne soupçonnait qu’un tel projet rencontrerait le moindre succès. Mais nous y avons cru. [...] J’ai donc appuyé, avec la complicité d’Alejandra Norambuena-Skira, le film de Rachid Bouchareb et sa magnifique bande-son signée Armand Amar et Khaled. [...] Sur 1 heure 45 de film, il faut souligner qu’1 heure 15 est accompagnée de musique. Le Fonds d’Action a apporté un soutien décisif pour la création de la musique originale et j’en suis heureux.[...]"
Présent quand il faut
Par Paule Du Bouchet, directrice de collection jeunesse aux éditions Gallimard
"Le soutien du Fonds d’Action tombait à point nommé. C’est Alejandra Norambuena-Skira qui m’a spontanément appelée en 1997. Elle était enthousiaste devant les deux premiers titres des Premières découvertes de la musique, une collection qui couplait un livret et un CD pour aiguiller les plus jeunes vers les aspects pointus de la création sonore. Sans cet appui, je ne m’en sortais pas : on vendait au prix d’un livre une double production extrêmement difficile à maîtriser. Malgré la qualité du travail, malgré les ventes, l’avenir était sombre. Mais le Fonds d’Action se montrait sensible à notre démarche et, surtout, veillait à ce que l’édition proposât le meilleur outil possible pour que les plus jeunes entrent idéalement en contact avec un domaine de la musique. Grâce à cet appui inespéré, nous avons enchaîné des contes préparant les jeunes auditeurs aux innovations du XXe siècle (Fifi et Albert écrit par Betsy Jolas pour illustrer le domaine de la voix) et à l’électroacoustique (Loulou écrit par Philippe Mion). La collection se pérennisa, trouva sa place, conquit un public.[...] Avec l’appui du Fonds, j’ai lancé pour les petits les contes de Coco le Ouistiti. Il s’agissait d’un autre univers mais qui procédait du même désir de faire rencontrer des enfants et des compositions originales adaptées. Quand j’ai pris ces initiatives éditoriales, il y a plus de dix ans, on plongeait dans l’inconnu. Le Fonds d’Action y a cru sans même qu’on eût l’idée de solliciter leur appui. Ce fut une sorte de petit miracle."
De l'audace
"Quand on a 26 ans et qu’on débute sa carrière de trompettiste, les certitudes ne vont pas de soi, loin s’en faut. Mais, en ce qui me concerne, j’ai toujours été habité par une grande soif artistique, très affective. Elle m’a poussé, voilà quelques temps, à enregistrer, avec mes seuls moyens, un disque. Quand j’ai rencontré Alejandra Norambuena-Skira et que je lui ai fait entendre, elle a immédiatement apprécié mon travail et, malgré l’absence de maison, de label, a poussé le Fonds d’Action à me soutenir. Elle connaissait certes mon parcours technique, ma formation, mais il fallait quand même une certaine audace : celle qu’on croit toujours dévolue aux autres que soi !
Une chose est capitale : ce mécénat, au-delà de son aspect financier, s’est avéré profondément humain. Le Fonds d’Action m’a permis de rencontrer du monde – le tourneur Jean-Louis Perrier, notamment – et de tisser les liens nécessaires pour exister musicalement. Il y eut aussi un appui fort en faveur d’un documentaire à mon sujet, réalisé par Christophe Trahand. Ainsi, sans bénéficier encore d’une puissante notoriété, sans même avoir des structures de productions derrière moi, le Fonds m’a donné l’opportunité de me concentrer sur mes préoccupations artistiques. Cela m’a épargné la peur de l’avenir. Et en deux ans, j’ai le sentiment d’avoir fait un bond incroyable.[...]"
Merci
"Le Fonds d’Action m’a permis de fêter mon jubilé en 2006, à l’Olympia, pour célébrer mes 50 ans de scène. Le premier mot qui me traverse l’esprit, c’est : "Merci". Sans l’initiative spontanée d’Alejandra Norambuena-Skira et la caution des administrateurs, je n’aurais jamais vécu un tel moment dans ma carrière. Il faut quand même bien comprendre que l’Olympia, cela ne va pas de soi. Pour des vedettes populaires, l’opération s’avère relativement naturelle. Mais qu’en est-il pour un musicien allant du classique au jazz ? Qu’en est-il quand il envisage d’interpréter un trio de Brahms ou une oeuvre contemporaine ? Impossible d’éluder le risque. Quelque part, cela ne se fait pas.
J’ai hésité à accepter car je craignais cette inadéquation avec la mouvance, l’humeur de la salle et je savais qu’à terme, il n’était pas impossible que j’en paye les pots cassés. Je suis clarinettiste, de surcroît : je joue donc d’un instrument que le public ne connaît ni ne reconnaît aisément. Alors, pour moi, cette opportunité magnifique, spontanément offerte, avait quelque chose d’aussi fou que de voir un chanteur de variété se produire salle Gaveau ! Nous étions tous sur le fil. Moi, bien sûr, et les amis que j’avais emmenés dans cette aventure : Paul Meyer à la clarinette, Michel Dalberto et Jacky Terrasson au piano, Henri Demarquette au violoncelle, Mino Cinelu aux percussions et Laurent Garnier au synthé. Une fois les doutes mis de côté, j’ai vécu, de l’intérieur, un moment prodigieux, unique dans ma carrière. J’en suis à jamais reconnaissant."


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