"La création musicale et les jeunes dans des lieux inhabituels"
Lundi 19 novembre 2007 de 12h à 13h
Alejandra Norambuena-Skira
Secrétaire Générale du Fonds d’Action Sacem
Gérard Dahan
Auteur-compositeur-interprète du groupe Vis à Vies
Daniel Lefebvre
Directeur du Conservatoire à Rayonnement Régional d’Aubervilliers-La Courneuve
Intégralité du chat
Tous : bonjour à tous. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Manuel : C'est quoi le fonds d'action SACEM ?
Alejandra Norambuena-Skira : C'est une association de loi 1901 qui a de l'argent grâce à la copie privée. Elle travaille sur 4 axes principaux : l'accès à la musique classique pour les plus jeunes, l’accompagnement de jazzmen dans leur développement de carrière, la musique de film (longs métrages dont la musique fait partie du scénario), et le patrimoine (la mémoire d'oeuvres musicologiques).
Shock : Concrètement, ça donne quoi sur le terrain le fond d'action Sacem, des gens présents physiquement ou des aides financières ?
Alejandra Norambuena-Skira : Les deux ! Je suis aussi sur le terrain, beaucoup.
Gérard Dahan : c'est effectivement la notion de terrain. Je suis heureux de voir que la Sacem est engagée sur des actions qui permettent de développer une sensibilité citoyenne.
Shock : En quoi consiste l’expérience menée avec les élèves du collège Gabriel Péri d'Aubervilliers ?
Daniel Lefebvre : Nous menons un travail de terrain au quotidien. C’est notre mission de formation. Dans ce collège, c'est un travail pour les enfants du quartier, un quartier défavorisé (Maladrerie),… Un chef de choeur, une pianiste, par exemple, font un travail au quotidien, en collaboration avec l'équipe des enseignants du collège, professeurs de toutes disciplines.
Ce qui est intéressant, avec la venue de Vis à Vie, c'est de créer une rencontre différente, basée sur la création de chanson et de le faire avec des artistes de scène.
Alejandra Norambuena-Skira : des artistes de scène, professionnels, qui en vivent.
Daniel Lefebvre : C'est la richesse de la rencontre. Myriam et Gérard ne se regardent pas le nombril, ils créent un contact et un dialogue avec les élèves. L'intérêt particulier de ce projet, c'est de mettre les gens en situation de création, avec un projet scénique. Et ce sous la houlette de musiciens habitués à ce travail et qui apportent leur regard de musicien.
Gérard Dahan : Le spectacle final se déroule dans un lieu professionnel, c'est important pour les collégiens. L'implication des enseignants est capitale dans la cohésion du projet. Nous créons une synergie avec eux. Nous répondons aux collégiens qui se demandent toujours pourquoi ils font les choses. 12 enseignants participent à ce projet. Les collégiens rencontrent des élèves du conservatoire.
Alejandra Norambuena-Skira : Oui, ce sont deux mondes qui se rencontrent, il y a une richesse de contact, ils n'étaient pas censés se rencontrer. Cela permet de casser les barrières.
Daniel Lefebvre : Ils n'ont pas le même centre d'intérêt, c'est important qu'ils se rencontrent.
Après l'école, ils viennent travailler. Dans les locaux du conservatoire, ils s'engagent parce qu'ils en ont le désir.
Aikon : Qu'est ce que vous appelez lieux inhabituels ?
Alejandra Norambuena-Skira : La création se trouve dans un lieu inhabituel, c'est à dire dans le collège. Tout d'un coup on se retrouve dans la peau d'un créateur.
Gérard Dahan : Nous faisons de la création, les enfants travaillent sur l'écriture des textes, la musique, le spectacle…
Nous les associons à cette réflexion, de même que els enseignants.
al : Gérard dahan, en quoi consiste exactement votre intervention à Aubervilliers ?
ll : Monsieur Dahan quel est votre rôle dans ce projet ? Qu'en retirez-vous ? Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Gérard Dahan : Comme je viens de le dire, notre intervention consiste à éveiller les enfants au goût des mots. C’est une autre approche que celle des professeurs de français. Je voulais donc être en contact avec ces derniers. Les mots permettent de temporiser la violence, j'en suis persuadé. J'ai conçu avec Myriam ce projet, en concertation avec deux enseignants, avec également Alejandra et Daniel.
Daniel Lefebvre : Ce n'est pas un collège tranquille. Il y a des phénomènes de violences, des familles déstructurées... Un tel projet peut amener à apaiser ces douleurs-là et focaliser les élèves sur des aspects créatifs, positifs. Nous ne gommons pas, mais nous les aidons à ré-aimer travailler.
Alejandra Norambuena-Skira : La musique adoucit les moeurs. On agit mieux, je pense, quand on s'est servi de son cerveau pour créer. Cela ne fonctionne pas pour tout le monde, mais quand cela marche, cela peut changer une vie. Cela apprend la concentration, la création.. On peut affronter la vie différemment.
Gérard Dahan : Des enfants reclus sur eux-mêmes sont ainsi valorisés. De plus, les enfants ont l'idée de devenir des stars, là, on leur apprend simplement à maîtriser leur corps, les textes, à gagner de la confiance en eux. Ces modifications de comportement vont changer les jeunes. Cela crée un pont entre l'imaginaire et le monde adulte.
Chat : Combien de personnes travaillent au fond d'action Sacem ?
Alejandra Norambuena-Skira : Nous sommes 3.
Nardin : Peut-on connaître le budget annuel du Fond d'Action ? en terme de personnel et en terme financier.
Alejandra Norambuena-Skira : Les subventions, c'est entre 600 et 800 000 euros. Moins il y a de piratage, plus j'ai de copies privées.
lam : Au final, que garde les jeunes de leur participation à un tel projet ? Merci.
notes : Comment voyez-vous les enfants évoluer dans cette action ?
Daniel Lefebvre : L'action que l'on mène a pour but d'aider les jeunes à se structurer à travers la musique et la création. Sur le comportement difficile de certains élèves, le projet aurait pu sembler en danger. Puis il y eu une sorte de miracle, l'intérêt du projet et de ses acteurs a fait que l'on a basculé vers le possible et la réalisation du projet. Il a fallu s'apprivoiser et trouver la confiance. Nous pouvons faire un travail de plus longue haleine maintenant.
Gérard Dahan : Même l'établissement scolaire est plus impliqué, nous avons réussi à constituer une équipe.
Alejandra Norambuena-Skira : Ce genre de projet ne peut réussir que si on rencontre des gens qui ont la même volonté que vous. C'est un amour pour ces jeunes qui permet d'avancer. Ce n'est pas juste une question d'argent. Il faut y coire.
Daniel Lefebvre : L'organisation au quotidien est prenante. Chaque jour, il faut régler des problèmes de discipline. Cela leur redonne de l'espoir.
Gérard Dahan : Ces jeunes gens ont des façons de s'exprimer bien au-delà de ce l'on schématise de leur langage. Nous sentons une adhésion. Ils ont parlé du spectacle de l'an dernier. Cette année, c'est eux qui viennent vers nous.
Alejandra Norambuena-Skira : Ils ont été apprivoisés par la musique, c'est le renard et le Petit Prince.
Aubertin : C'est bien tout ça mais en quoi consiste votre projet ? Quelle part de liberté de création laissez-vous aux jeunes ?
Gérard Dahan : Le projet aujourd'hui est de monter un spectacle sur une partie des Milles et Une nuits, un des contes. Avec une grande liberté d'interprétation des textes. Nous prenons la liberté d'emprunter à des contes d'autres cultures. Nous voulons monter un spectacle métissé à l'image de la population du collège.
Pour l'écriture, une fois le découpage mis en place, le travail est libre, guidé par des jeux et des exercices. Les textes seront totalement écrits par les enfants. J'ai proposé des rythmes à l'apprentissage aux professeurs de musique, qui permettra de réaliser le projet. Les rythmes sont empruntés à diverses cultures : africains, andalous, etc.
Daniel Lefebvre : Il y a 88 nationalités différentes dans le conservatoire d'Aubervilliers.
Alejandra Norambuena-Skira : La liberté en musique n'est appréciable que si on a des règles.
Gérard Dahan : Oui, c'est exactement ça, c'est la contrainte des règles qui est la source de l'inspiration. Ce que l'on appelle les consignes..
Alejandra Norambuena-Skira : Parce qu'il y a une légitimité d'être dans un vrai lieu avec des gens dont c'est le métier. L'implication n'est pas la même que dans le préau de l'école. Les lumières, le silence avant les représentations, etc. Tout est très important.
Gérard Dahan : Cela permet aux enfants de comprendre, d'être en immersion dans un lieu où la complémentarité des savoir-faire est évidente. C'est une approche de la cohésion sociale.
Daniel Lefebvre : C'est aussi l'occasion de s'informer sur les différents métiers du monde du spectacle : un régisseur, un ouvreur.. La connaissance des métiers permet de ne plus être dans le mirage du spectacle, quelque chose de magique. On connaît aussi ainsi les exigences d'un spectacle. Répétitions, travail scénique, maîtrise du corps, de la voix... C'est difficile à coordonner et il y a une véritable exigence. Le lieu met en valeur ce travail et ses exigences.
Gérard Dahan : Un spectacle c'est comme un petit village où on développe la sociabilité, l'écoute, le respect, on apprend à vivre ensemble.
S. : De quelle manière amenez-vous les jeunes à se remettre en question avec la musique ? Pourriez-vous donner des exemples précis vécus ?
Gérard Dahan : J'ai un cas très précis d'une jeune fille d'Europe de l'Est (bosniaque) qui ne quittait jamais son manteau, toujours repliée sur elle-même, rejetée par tout le monde.
Au début du projet, elle a osé, avec sa sensibilité, demander le silence et témoigner de son intérêt pour notre intervention. Un autre moment : nous avons demandé aux enfants dans un exercice de jeu théâtral de se donner la main. Cela a été un véritable problème !
Nous avons ouvert un débat sur cette question. Quelques semaines plus tard, la plus récalcitrante est venue dire qu'elle avait compris. Nous avons abouti à un texte collectif où quelques élèves n'ont pas accepté que leur texte soit lu par d'autres. Ce fut l'occasion de parler du rôle de l'auteur, du compositeur et de l'interprète. Il fallait leur expliquer qu'ils avaient travaillé ensemble : une oeuvre collective.
Daniel Lefebvre : C'est l'âge d'une adolescence très marquée. L'identité de chacun est très marquée. Les problématiques identitaires sont très exacerbées et ce n'est pas une mince affaire !
Alejandra Norambuena-Skira : L'intérêt de ce genre de projet, c'est justement parce que c'est l'adolescence. C’est le dernier moment, de la 5ème à la 3eme, où on peut leur parler de culture. C'est à cet âge-là, un peu délicat, que l'on peut faire ce genre de projet. C'est indispensable que cela se passe à l'adolescence.
Gérard Dahan : Nous les conduisons aussi à devenir un public, un public sensible. Nous les sensibilisons. Ils ne deviendront pas forcément des artistes mais un public plus averti.
Aikon : Bonjour Gerard, je vous ai vu a Aix, Vis à vies c'est sympa, c'est quoi le ptit instrument que vous jouez un ukulele ou un cavaquinho ?
Joon : C'est quel style de groupe Vis à Vies ?
Gérard Dahan : Il y a les deux. Bravo pour la culture ! Plein de petites guitares ont d'autres noms. Le groupe, c'est un duo avec Myriam et un collectif d'artistes qui se joint à nous selon les concerts. Les influences musicales sont aussi diverses que celles qui composent la culture française.
Daniel Lefebvre : Il y a une grande différence entre l'écoute des CD et le spectacle sur scène !
Gérard Dahan : Nous avons aussi le goût du son, nous sommes inventeurs de nouveaux instruments.
Max : Bonjour, quels sont les actions de la Sacem pour les jeunes artistes ?
Alejandra Norambuena-Skira : Moi, je m'occupe du fonds d'action Sacem. Nous nous occupons surtout de compositeurs ayant pour répertoire le jazz. Nous les soutenons à travers une aide au concert et au disque. Trois artistes que nous soutenons : Ibrahim Maalouf, trompettiste et professeur au conservatoire d'Aubervilliers. Il a 26 ans. Emile Parisien, saxophoniste, 24 ans. Le pianiste et violoniste Thomas Encho. Ils sont tous compositeurs, nous les aidons chacun sur trois ans.
S. : pourquoi privilégier le jazz en particuliers ?
Alejandra Norambuena-Skira : Parce que c'est un répertoire qui tend à disparaître. C'est un genre que les jeunes gens ne connaissent absolument pas. C'est intéressant pour nous parce que c'est un répertoire que l'on peut développer à l'étranger.
cyborg : Ne devriez vous pas être ouvert a tout type de musique par définition ?
Alejandra Norambuena-Skira : Nous sommes ouverts à tous les types de musiques, regarder sur le site ! J'aimerais bien mais pour l'instant nous ne sommes que 3.
cyborg : Quels autres projets envisagez vous n'ayant rien a voir avec des projets socio educatifs ?
plum : Question pour les Fonds d'Action Sacem : pour quelle(s) autre(s) opération(s) de ce type êtes vous parrain ? Sinon quels sont vos projets futurs, merci.
Alejandra Norambuena-Skira : Je ne peux pas faire une énumération. Allez sur le site.
Il y a des opérations similaires par exemple avec l'orchestre de Bretagne, de Lyon, de Montpellier, etc… Nous faisons des projets avec des collèges. Le projet d'Aubervilliers, nous l'avons monté ensemble. Les autres, ce sont des associations que j'accompagne : Crescendo qui permet des enfants placés dans des maisons de faire des ateliers d'écriture et de chansons avec un auteur compositeur : Alain Ortega.
Il y a une autre association, Pulsart, qui s'occupe d'enfants délinquants en prison. Ils écrivent la musique avec accompagnateurs, ils mettent des mots sur leurs maux. Ils font aussi de la danse.
arthur : Pour vous le Fonds d'Action Sacem, cette opération est un succès ?
Alejandra Norambuena-Skira : Le succès ne veut pas dire grand chose dans ce genre d'opé.
La volonté de toucher de jeunes gens avec de la musique, nous l'avons fait.
Daniel Lefebvre : Je me suis fixé un certain nombre d'objectif. Ce n'est pas si facile au départ, les enfants n'étaient pas si disponibles sur une musique qui n'est pas forcément celle qu'ils écoutent.
En ce sens, nous avons abouti. Le comportement de l'équipe pédagogique du collège montre que l'approche est décuplée par rapport à l'an passé.
Gérard Dahan : L'indice de satisfaction, c'est la résonance de cette opération, et on en parle beaucoup, c'est ce qui compte. L'adhésion accrue des enfants et des enseignants est un indice très satisfaisant pour nous.
Daniel Lefebvre : Même constat pour les élèves du conservatoire qui ont participé au projet.
Alejandra Norambuena-Skira : C'est un projet citoyen, pas simple à monter, mais ce ne sont pas des sommes astronomiques et ça nécessitent peu de moyens humains.
Des directeurs d'établissement qui veulent de l'harmonie dans leur collège peuvent se tourner vers ce genre de projet. Nous allons faire des petits j'espère !
Merci à tous les 3. Le mot de la fin ?
Gérard Dahan : C'est par la pratique de la culture, du langage et des émotions que nous formerons les citoyens de demain. Une citation de Jean Vilar. Le spectacle aura lieu au mois de juin.
Pour plus d'info, téléphonez au conservatoire d'Aubervilliers.
Appelez début juin : 01 48 11 04 60.
Alejandra Norambuena-Skira : J'ai juste un souhait dans la vie, c’est que la culture soit à la portée de tous et que l'on arrête de s'en méfier.


Adhérez à la Sacem







Envoyer cette page à vos amis

Youtube
Dailymotion
Wat.tv
Facebook
Actualités Sacem
Appli mobiles